ATTITUDE DE FREDERIC
terons pas à répondre par la négative. Ainsi que nous l'avons dit à propos de la négociation de Nivernais, Frédéric, en signant avec la Grande-Bretagne la convention de Westminster, cherchait à écarter la guerre de l'Allemagne et à prémunir ses États contre une attaque des Russes, qu'il croyait beaucoup plus dans les mains des Anglais qu'ils ne l'étaient en réalité. Il ne désirait en aucune façon se brouiller avec la cour de Versailles et lui conservait même sa sympathie dans le conflit engagé. Prêt à terminer avec la France comme il l'avait fait avec l'Angleterre, sa neutralité ainsi bien assurée , il espérait jouer le rôle de médiateur entre les nations belligérantes, restaurer le repos de l'Europe et recueillir tout le bénéfice de son intervention pacifique.
Il suffit de parcourir la correspondance particulière de Frédéric et celle de Newcastle pour se convaincre que le roi de Prusse , pendant les premiers mois de 1756 et longtemps après la signature du traité de Westminster, ne se considérait pas et n'était pas regardé comme l'allié intin\e de l'Angleterre. Il ne se rapprocha réellement de cette puissance qu'après avoir acquis la certitude de l'accord intervenu entre l'Autriche et la France. Les longues entrevues qu'il eut avec le nouvel envoyé anglais, M. Mitchell, le 11 et le 12 mai, marquent assez exactement l'époque de l'évolution accomplie dans ses relations extérieures.
De Frédéric, si Louis XV ne pouvait plus rien attendre, il n'avait, du moins, rien à craindre. L'éloignement de ses États, les rapports tendus qui existaient entre lui et les deux impératrices ses voisines , l'avantage évident qu'il avait à ménager la France, écartaient tout danger d'agression de sa part. La question d'amour-propre une fois mise de côté, rien n'empêchait le renouvellement du traité défensif qu'offrait Frédéric et que préconisait Nivernais ; ce renouvellement prévu par l'opinion en Europe n'aurait pas, on l'a vu, fait obstacle à la convention de neutralité
dont la cour de Vienne laissait l'option au cabinet français à la fin de février, et dont elle parlait encore dans son rescrit du 27 mars, La signature avec la Prusse et avec l'Autriche d'arrangements de ce genre , facile en février, plus difficile en avril 1756, eût atténué les effets de l'acte de Westminster, augmenté les soupçons que le gouvernement britannique entretenait sur la loyauté du roi de Prusse, et érigé une barrière presque infranchissable contre les tentatives de réconciliation que l'Angleterre se décida, bien tardivement d'ailleurs, à faire auprès de la cour de Vienne.
Dès le rappel de Mirepoix, en juillet 1755, deux voies s'ouvraient à la politique française. La guerre avec la Grande-Bretagne était inévitable; on pouvait, en la localisant , y affecter sans réserve les ressources de la nation et, pour se libérer de tout souci du côté des frontières de terre, maintenir la tranquillité en Europe. Craignait-on des insuccès sur mer et dans les colonies : il fallait , sous un prétexte que la diplomatie, avec l'absence de scrupules dont elle a été coutumière à toutes les époques, eût facilement inventé, saisir les Pays-Bas et le Hanovre comme gages de la paix future. Ce projet, au sujet duquel on avait hésité pendant tout le second semestre de 1755, était devenu inexécutable à la suite du traité de Westminster. Le préjudice causé par le mauvais procédé de Frédéric était d'ailleurs beaucoup plus imaginaire que réel, puisque pour répondre aux avances de l'impératrice on avait à peu près renoncé à l'idée d'occupation des Pays-Bas, et qu'on n'était pas loin d'abandonner le plan de diversion contre le Hanovre. Dans ces conditions, le retour à la première alternative s'indiquait comme seul moyen de sauvegarder les véritables intérêts de la France.
Admettons que l'utilité du renouvellement du traité prussien ne soit pas démontrée, il n'en reste pas moins acquis au débat que la France ne devait pas dépasser avec