‹ Louis XV, et le renversement des alliancesChapitre 172 sur 249 · LES SERMENTS DES ACADIENS · texte numérisé non relu

LES SERMENTS DES ACADIENS

cice de leur religion , qu'ils conserveraient parmi eux leurs prêtres catholiques et qu'ils ne seraient assujettis à aucun service militaire. M. de Saint-Père, dans son intéressant ouvrage, l'abbé Casgrain dans son livre bien connu (1), font un récit détaillé des débats qui eurent lieu à ce propos entre les officiers anglais et les délégués des paroisses françaises. En 1726, le lieutenant gouverneur x\rmstrong, en 1730, le gouverneur Philipps, consentirent à un compromis, et acceptèrent des réserves qui ne paraissent pas avoir été exactement transmises à la métropole.

Dans un rapport adressé aux « Lords of Trade » , le secrétaire du gouvernement d'Halifax, Cotterell, fait un historique complet de la question. « De tout ce qui précède, écrit-il (2) , il ressort que le serment a été souvent demandé aux habitants français, qu'ils ont toujours fait des difficultés, et que chaque fois qu'ils ont juré, ils ont obtenu (ou on leur a fait croire qu'ils avaient obtenu) en échange une garantie qu'ils ne seraient jamais appelés à prendre les armes... Nous avons dans nos archives trois formes de serments, signés par un grand nombre des habitants : un en anglais, deux en français. Ces derniers sont ainsi conçus : « Je promets et jure sincèrement, en foi de chrétien, que je serai entièrement fidèle et obéirai vraiment à Sa Majesté le roy George le Second, que je reconnais pour le souverain seigneur de l'Acadie ou Nouvelle-Ecosse. Ainsi Dieu me soit en aide. » L'autre serment français ne diffère de ce dernier que par le remplacement des mots « obéirai vraiment » par « me soumettrai véritablement. » « Les habitants paraissent croire que, s'ils prêtent le serment d'après la formule du texte anglais , ils s'engagent à une obéissance illimitée aux ordres du roi, et c'est pour ce motif

(1) De Saint-Père, Une colonie féodale en Amérique. L'abbé Casgrain, Va pèlerinage au pays d'Evangeline.

(2) Rapport du secrétaire Cotterell, l^"^ octobre 1753. — Record Office. Londres.

qu'ils demandent la garantie qu'ils ne seront pas obligés de porter les armes; ils se sont mis en tète, en effet, l'idée ridicule que les Anglais veulent faire d'eux des soldats. »

Gotterell termine son rapport en proposant la formule anglaise du serment d'allégeance , dont il donne la traduction suivante : « Je promets et jure sincèrement que je serai fidèle et que je porterai une loyauté parfaite envers Sa Majesté le roi George le Second. »

Pendant la guerre de succession, à de rares exceptions près, les Acadiens de la presqu'île ne se joignirent pas aux détachements franco-canadiens qui attaquèrent à plusieurs reprises les forts anglais; tout au plus put-on les accuser de sympathies latentes pour leurs anciens compatriotes, et leur reprocher les fournitures en grains et en bestiaux qu'ils firent aux soldats de Ramsey et à l'escadre du duc d'An ville.

Jusqu'au traité d'Aix-la-Chapelle , les colons de langue française constituèrent presque seuls la population blanche de la Nouvelle-Ecosse , mais la fondation de Halifax , qui eut lieu très peu de temps après la pacification, vint changer cet état de choses. L'arrivée de nombreux émigrants de religion protestante recrutés en Allemagne, Hollande et Suisse, jeta parmi les Acadiens des inquiétudes, transformées bientôt en alarme par les efforts du gouverneur Cornwallis, pour remettre sur le tapis la question du serment qu'on avait laissée sommeiller depuis vingt ans.

L'établissement de nouveaux postes anglais sur la baie de Fundy, l'expédition de Lawrence, qui pour la première fois déploya les couleurs britanniques dans la région de l'isthme de Shédiac, la construction d'un fort à l'extrémité de la baie de Chignecto , décidèrent dans l'élément français un courant d'émigration , qu'encouragèrent cette fois les officiers du roi Louis XV et les prêtres qui desservaient les missions indiennes et les églises acadiennes. A la tête de ces derniers, l'abbé Leloutre se distingua par

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