POLITIQUE ANGLAISE EN NOUVELLE-ECOSSE
s'ils refusent le serment, qu'ils fussent éloignés de ce pays. »
Malgré l'invite , le conseil de la métropole qui, sous le nom de « Lords of Trade and Plantations » , était chargé de l'administration et de la surveillance des colonies anglaises, ne parut pas tout d'abord disposé à entrer dans les vues du gouverneur. Il se borna à insister (1) sur la nécessité de régulariser la situation des habitants français, fit observer l'inconvénient qu'il y aurait à fournir prétexte à une émigration qui ne pourrait que renforcer la puissance rivale, et renvoya les propositions de Lawrence à l'examen du ministère, sans donner un avis sur le parti à prendre. Pendant plus d'un an, on oublia à Londres l'affaire du serment pour ne s'occuper que des projets belliqueux que les gouverneurs Shirley et Lawrence ne cessaient de soumettre à leur gouvernement. L'attaque des forts français de l'Âcadie une fois décidée, et l'expédition contre Beauséjour autorisée, l'état légal des Acadiens revint sur le tapis.
Par dépêche du 7 mai 1755 (2), le conseil reprit l'examen des mesures à adopter à leur égard. « D'après le traité d'Utrecht, écrivent les lords, les habitants qui, après le délai, sont restés dans le pays, sont devenus sujets britanniques; il faut donc examiner si le refus de jurer fidélité au roi ne leur enlève pas ce titre et ne les prive pas de tout droit à leurs propriétés. Nous ne nous chargeons pas de trancher cette question, mais nous vous prions de prendre là-dessus l'avis du Président. de votre tribunal (chief justice). Quant aux gens de Chignecto qui sont passés à Beauséjour, si le Président est d'avis qu'ils ont perdu de ce fait leurs droits de propriété, vous pourrez procéder par voies légales à la confiscation des terres abandonnées , et en accorder la concession aux colons de la Nouvelle- Angleterre.
(1) Lords of Trade à Lawrence, 4 avril 1754.
(2) Lords of Trade à Lawrence, 7 mai 1755.
Ces établissements nouveaux ne pourront avoir lieu qu'après la destruction des forts français de Beauséjour et de la Baie Verte, l'éloignement des Indiens, et l'expulsion des Français , qui seront réduits à chercher un asile dans les îles improductives de Saint-Jean et du Cap-Breton, et au Canada. »
Quand cette dépêche parvint à Halifax, l'isthme de Shediac était déjà en possession des troupes anglaises. Lawrence pouvait donc se considérer comme autorisé à sévir contre les fugitifs de Ghignecto, malgré l'amnistie qu'on leur avait accordée dans un article de la capitulation de Vergor. Aussi, par son rapport du 28 juin, annonce-t-il à Robinson (1) qu'il a donné l'ordre au colonel Monckton de chasser les habitants français du pays. Cependant, les expressions dont s'était servi le gouverneur devaient être ambiguës, car le ministre anglais ne sait pas s'il s'agit seulement des émigrés de Beauséjour, ou si la mesure doit s'étendre aux Acadiens de la Nouvelle-Ecosse.
Robinson, dans sa réponse à Lawrence (2), se montre opposé au bannissement; il craint une révolte, tout au moins la fuite dans le territoire français d'un grand nombre d'hommes valides qui fourniront des recrues à l'ennemi. « Je ne saurais trop vous recommander, écrit-il, beaucoup de mesure et de prudence à l'égard des <c neutrals » ; vous devrez assurer tous ceux en qui on peut avoir confiance, surtout s'ils acceptent le serment de fidélité, qu'ils pourront continuer à jouir tranquillement de la possession de leurs terres ». L'expulsion générale serait d'autant plus mal interprétée que M. de Mirepoix, dans le cours des négociations récentes, avait revendiqué pour les Acadiens la faculté , pendant un délai de trois ans , de se retirer avec leurs biens meubles dans les colonies fran-
(1) Il est fait mention de celte lettre et de son contenu dans la réponse de Robinson, du 30 août.
(2) Robinson à Lawrence 13 août ilbb.Nova ScotiaPapers, British Muséum.