‹ Louis XV, et le renversement des alliancesChapitre 175 sur 249 · DISTRIBUTION DE LA POPULATION FRANÇAISE · texte numérisé non relu

DISTRIBUTION DE LA POPULATION FRANÇAISE

çaises; Sa Majesté Britannique avait repoussé cette demande, parce que « si la mesure était étendue aux Français établis en Acadie au moment du traité d'Utrecht et à leurs descendants, elle priverait la Grande-Bretagne d'un grand nombre de sujets utiles ».

Ainsi que nous le verrons, Lawrence ne tint aucun compte d'avis qui lui parvinrent d'ailleurs , alors qu'il s'était trop avancé pour pouvoir reculer.

Mais avant de relater les mesures prises par le gouverneur contre les Acadiens, il convient d'examiner leur situation et leurs relations avec les fonctionnaires anglais.

La population acadienne se distribuait, en 1755, en quatre groupes principaux : le premier et plus ancien était celui du Port-Royal, devenu Annapolis depuis le nouveau régime; le second, plus important comme population, se composait des villages de la Grand'Prée, Rivière des Canards, Rivière de Pissiquid et Cobequid, baignés par les eaux du bassin intérieur des Mines. Ces deux premiers groupes appartenaient à la péninsule, obéissaient au lieutenant du roi George et étaient surveillés par les garnisons du fort d' Annapolis et du fort Edward, sur la rivière de Pissiquid.

Le troisième centre de colonisation, composé d'émigrés et de réfugiés des paroisses de la Nouvelle-Ecosse , s'était constitué autour du fort Beauséjour, à Chipody, Peticodiac et autres localités situées au nord de la baie de Fundy. Dans la contrée qui de l'isthme de Chignecto s'étend le long des rives du golfe Saint-Laurent et jusqu'aux bords de la rivière de Saint-Jean, étaient éparpillés quelques hameaux d'Acadiens mêlés aux indigènes. Quoique le gouvernement anglais eût toujours revendiqué la possession de ces régions , le pays était resté soumis aux autorités françaises, représentées en dernier lieu par les commandants de Beauséjour et la Baie Verte. Depuis l'expédition de Monckton , le fort de Beauséjour, qui avait reçu le nom de

Cumberland en l'honneur du fils de George II, était devenu l'avant-poste des Anglais, dont le pouvoir ne dépassait guère le glacis des ouvrages.

Un quatrième noyau se composait des colons qui avaient quitté la presqu'île , pour se transporter en nombre assez considérable à l'île Saint-Jean (1), et qui s'étaient établis en petits groupes à File Royale (Cap-Breton) et dans les lies du détroit de Canseau , qui sépare le Cap-Breton de la terre ferme. Ces derniers étaient fixés sur des terres françaises , dont la propriété n'était pas contestée par l'Angleterre. On pouvait évaluer le chiffre total des Acadiens à environ 15,000 personnes, dont plus de la moitié dans les anciennes paroisses d'Annapolis et du bassin des Mines.

Ces communautés de la Nouvelle-Ecosse étaient de véritables petites républiques , dont les premiers magistrats étaient les prêtres. Ces derniers, sortis des séminaires de France, possédaient une instruction de beaucoup supérieure à celle de leurs ouailles, pour la plupart illettrées, et jouissaient d'un prestige et d'une autorité considérables. Le principal d'entre eux, Tabbé Leloutre, très actif, très influent sur les sauvages, en correspondance suivie avec les intendants de Québec et de Louisbourg, qui lui envoyaient des secours en vivres et en munitions, s'était employé , pendant les premières années qui suivirent la paix d'Aix-la-Chapelle, à combattre avec énergie le gouvernement anglais et à encourager l'exode vers les territoires soumis à la France. Depuis quelques années, il résidait dans le district de Beauséjour, et avait entrepris d'effectuer par la construction d'aboitteaux le recouvrement d'une vaste étendue de terrains d'alluvion; grâce à la création de ces polders, pour laquelle il avait obtenu un subside de la cour de Versailles , il comptait procurer les moyens d'existence aiix nombreux réfugiés de

(I) Aujourd'hui île du Prince-Edouard.

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