PÉTITION DES ACADIENS
et de la Rivière aux Canards , prennent la liberté de s'approcher de Votre Excellence pour lui témoig-ner combien ils sont sensibles à la conduite que le gouvernement tient à leur égard ; il paroit, iMonseigneur, que Votre Excellence doutte de la sincérité avec laquelle nous avons promis d'être fidèles à Sa Majesté Britannique. Nous supplions très humblement Votre Excellence de considérer notre conduite passée ; elle voira que bien loin de fausser le serment que nous avons pretté, nous l'avons maintenu dans son entier, malgré les sollicitations et les menaces efl'rayantes d'une autre Puissance. Nous sommes aujourd'hui, Monseigneur, dans les mêmes dispositions les plus pures et les plus sincères, de prouver en toutte circonstance une fidélité à toutte épreuve pour Sa Majesté, de la même façon que nous l'avons fait jusqu'ici, tandis que Sa Majesté nous laissera les mômes libertés, qu'elle nous a accordées. A ce sujet , nous prions instemment Votre Excellence de vouloir nous informer des intentions de Sa Majesté sur cet article , et de vouloir bien nous en donner des assurances de sa part. »
Ces déclarations d'ordre général sont suivies de l'exposé des griefs : « Sous prétexte que nous transportons notre bled ou autres denrée à la pointe de Beauséjour, et à la Rivière Saint-Jean, il ne nous est plus permis de faire le moindre transport de bled par eau, d'un endroit à l'autre... Nous n'avons jamais délinqué sur ces sortes de matière, par conséquent nous devrions, ce nous semble, n'en être pas punis. » Ils demandent la restitution de leurs « canots, soit pour transporter nos besoins d'une rivière à l'autre , soit pour faire la pêche , et par là subvenir à notre nourriture. Cette permission ne nous a jamais été ôtée qu'à présent; nous espérons, Monseigneur, qu'il vous plaira nous la rendre surtout en considération de quantité des pauvres habitans qui seroient bien aises de substanter leur famille avec le poisson qu'ils pourroient prendre.
c( De plus, nos fusils, que nous regardons comme nos propres meubles , nous ont été enlevés malgré qu'ils nous sont d'une dernière nécessité, soit pour deffendre nos bestiaux qui sont attaqués par les bêtes sauvages, soit pour la conservation de nos enfans et de nous-mêmes; tel habitan qui a ses bœufs dans les bois, et qui en a besoin pour ses travaux, n'oseroit s'exposer à aller les chercher, sans être en état de se deffendre et de se conserver... ; d'ailleurs, les armes que l'on nous enlève sont un foible garant de notre fidélité , ce n'est pas ce fusil que possède un habitan qui le portera à la révolte , ni la privation de ce même fusil qui le rendra plus fidel, mais sa conscience seule le doit engager à maintenir son serment.
« Nous espérons , Monseigneur, que bien loin de nous le faire exécuter (l'arrêté du 4 juin 1755) avec tant de danger, qu'il vous plaira, au contraire, d'ordonner que l'on nous remette les fusils que l'on nous a enlevés et nous procurer le moyen, par là, de nous conserver nous et nos bestiaux. Nous supplions à ce sujet Votre Excellence de vouloir nous communiquer son bon plaisir, avant de nous confisquer et de nous mettre en faute. Ce sont les grâces que nous attendons des bontés de Votre Excellence, et nous espérons que vous nous ferez la justice de croire que bien loin de vouloir transgresser nos promesses, nous les maintiendrons en assurant que nous sommes très respectueusement , Monseigneur,
« Vos très humbles et très obéissants serviteurs. »
Aux Mines, ce 10 juin 1755. »
Suivent les signatures de vingt-cinq notables. Sur les observations du commandant anglais du fort Edward , le capitaine Murray, qui trouva inconvenants les termes de la pièce que nous venons de citer, les Acadiens ajoutèrent à la première une nouvelle lettre, où ils s'excusaient d'ex-