‹ Louis XV, et le renversement des alliancesChapitre 178 sur 249 · CONSEIL DE HALIFAX · texte numérisé non relu

CONSEIL DE HALIFAX

pressions qui auraient dépassé leurs intentions et affirmaient la solidarité de tous les habitants dans l'initiative prise par les pétitionnaires :

« Monseigneur, Tous les Habitans des Mines, de Pissiquid et de la Rivière aux Canards, supplient Votre Excellence de croire que si dans la requette qu'ils ont eu l'honneur de présenter à Votre Excellence , il se trouvait quelque faute ou quelque manque de respect envers le gouvernement, que c'est contre leur intention, et que dans ce cas, les habitans qui l'ont signée ne sont pas plus coupables que les autres. Si quelquefois il se trouve des habitans embarrassés en présence de Votre Excellence , ils supplient très humblement de vouloir excuser leur timidité; et si, contre notre attente il se trouvoit quelque chose de dur sur la ditte Requette, nous prions Votre Excellence de nous faire la grâce de pouvoir expliquer notre intention. »

Les mémoires des Acadiens furent soumis, le 3 juillet, au conseil du gouvernement de la Nouvelle-Ecosse (1), composé du gouverneur Lawrence, du président du Tribunal, chief-justice Belcher, du secrétaire Cotterell et de deux assesseurs choisis parmi les colons anglais de Halifax. Étant donnée sa composition, il n'est pas surprenant d'apprendre que « le conseil, à l'unanimité, a considéré que la requête du 10 juin était d'un caractère des plus arrogants et des plus insidieux, qu'elle constituait une insulte à l'égard de l'autorité et du gouvernement du roi, qu'elle méritait le blâme le plus énergique, et que si les pétitionnaires n'avaient pas fait leur soumission en envoyant le second mémoire, ils auraient dû être sévèrement punis pour leur outrecuidance. » Après cette entrée en matière, on fit comparaître les délégués.

Il serait trop long de suivre le procès-verbal de Halifax

(1) Procès-verbal des séances du conseil de Halifax. Record Office. Londres.

dans ses fastidieux détails, de reproduire la réfutation triomphante des arguments de la supplique que le rédacteur complaisant met dans la bouche de ses collègues, d'enregistrer les prétendus aveux que font de leurs torts les signataires; et cependant, malgré un parti pris évident, le registre des délibérations du conseil est un témoignage éclatant rendu à la droiture et au courage des Acadiens. Certes la partie n'était pas égale : d'un côté les fonctionnaires anglais, à la dévotion du gouverneur dont ils connaissent les vues, trop imbus des préjugés de leur race et de leur religion pour affecter une impartialité que leur défend leur situation officielle, pleins de mépris pour des malheureux dont ils ne comprennent pas le parler et encore moins la pensée, dont ils jalousent le bien-être et auxquels ils attribuent les desseins les plus perfides; de l'autre de pauvres paysans illettrés, mal accoutrés, au langage rude, ignorants de la forme, étrangers aux procédés du monde civilisé, habitués par leur mode d'existence à une indépendance d'allures et de ton, à une fierté naïve d'expression, à une confiance dans le bon droit qui irritent l'amour-propre et blessent l'orgueil de leurs juges.

Dans de pareilles circonstances et devant un tel tribunal, on ne saurait trop admirer la constance et la fermeté des députés acadiens. Ils ne cherchent pas à répondre aux assertions des autorités anglaises, encore moins à rétorquer les reproches fondés sur la magnanimité du roi George , sur sa mansuétude à leur égard ; ils laissent dire leurs inquisiteurs. Sommés d'accepter le serment d'allégeance sans les restrictions consenties jusqu'alors, ils restent fidèles à leur mandat, et ne veulent pas s'engager sans avoir consulté leurs concitoyens. C'est en vain que le conseil insiste pour une solution immédiate, les remet au lendemain , les fait introduire de nouveau ; ils persistent dans leur attitude négative.

Les commissaires anglais décidèrent alors que les Aca-

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