NOUVEAUX DÉLÉGUÉS DES HABITANTS
dieas seraient appelés à désigner de nouveaux députés, qui viendraient apporter à Halifax les résolutions auxquelles s'arrêterait la population française; un second refus serait considéré comme définitif, toute soumission ultérieure repoussée, et les récalcitrants expulsés de la province.
Quand les délégués des Mines eurent connaissance de la sentence du conseil, pris de terreur sur les suites d'une résistance trop prolongée, ils offrirent de jurer sans réserves. « Ils furent informés, relate le procès- verbal (1), que l'obéissance qu'ils proposaient de faire ne pouvait évidemment être attribuée à l'honnêteté de leurs dispositions, mais devait être envisagée comme due à la pression et à la force , ce qui était contraire à une loi votée par le parlement anglais, d'après laquelle toute personne qui avait refusé de prêter le serment ne pouvait être autorisée à revenir sur ce refus, et était regardée comme papiste et rebelle. Dans ces conditions, le conseil estime que les délégués , ne jouissant plus de la faveur d'être admis à la prestation du serment, doivent être traités comme en révolte. » En conséquence, on les fit mettre en prison.
Trois semaines plus tard, le 25 juillet 1755, eut lieu à Halifax une nouvelle séance, à laquelle assistèrent les amiraux Boscawen et Mostyn. Le gouverneur Lawrence déposa sur le bureau la réponse des habitants d'Annapolis (Port- Royal). Cette pièce, qui portait 207 signatures, est ainsi conçue (2) :
« Monseigneur, aussitôt que nous avons reçu les ordres de Votre Excellence, datés du douzième jour de juillet 1755, nous nous sommes assemblés le dimanche, treizième jour du présent mois, pour faire la lecture à tous les habitans de vos ordres. Voulant toujours nous tenir sous une fidèle
(1) Procès-verbal de la séance du Conseil tenu à Halifax, le 4 juillet 1755. Record Office. Londres.
(2) Pétition des habitants d'Annapolis, 13 juillet 1755. Record Office.
obéissance, nous avons délibéré tous en général, d'un consentement unanime, de porter tous nos fusils à M. Hanfield, votre très digne commandant. »
Suivent des affirmations sur les services rendus dans le passé au gouvernement anglais, et des assurances pour l'avenir : « Nous sommes prêts à continuer avec la même fidélité; et aussi nous avons fait l'élection des trente hommes pour aller à Halifax, auxquels nous recommandons bien de ne rien dire ou faire qui soit contraire au conseil de Sa Majesté; mais nous leur enjoignons de ne contracter aucun nouveau serment. Nous sommes résous et en volonté de nous en tenir à celui que nous avons donné, et auquel nous avons été fidèles autant que les circonstances l'ont demandé, car les ennemis de Sa Majesté nous ont sollicité à prendre les armes contre le gouvernement, mais nous n'avons eu garde de le faire. »
Les députés d'Annapolis confirmèrent devant leurs juges le refus de prêter d'autre serment que celui qu'ils connaissaient de longue date , et qu'ils interprétaient comme contenant la restriction relative au service militaire. A toutes les insistances anglaises, à la menace d'expulsion, les Acadiens répondirent , s'il faut en croire le procès-verbal, qu'ils aimaient mieux quitter leurs terres que d'accepter une nouvelle formule.
Lawrence et ses assesseurs passèrent ensuite à l'examen du mémoire des habitants de Pissiquid et des Mines. Ce document contient les mêmes protestations de soumission au gouvernement de la Grande-Bretagne , rappelle l'arrangement consenti par le gouverneur Philippe, exprime la résolution ferme de n'y rien modifier, et sollicite la mise en liberté des premiers délégués détenus à Halifax. « Nous ne commettrons jamais, écrivaient les pétitionnaires (1), l'inconstance de prendre un serment qui change tant soit
(1) Pétition des habitants de Pissiquid 22 juillet 1753. Record Office. Londres.