‹ Louis XV, et le renversement des alliancesChapitre 180 sur 249 · DEMANDES DES ACADIENS · texte numérisé non relu

DEMANDES DES ACADIENS

peu les conditions, les privilèg-es dans lesquels nos souverains et nos pères nous ont placés par le passé. Et comme nous pensons bien que le roi notre maître n'aime et ne protège que des sujets constans, fidèles et francs, et que ce n'est qu'en vertu de la bonté et de la fidélité que nous avons gardée envers Sa Majesté, qu'elle nous a accordé et continue l'entière possession de nos biens et l'exercice libre et public de la religion romaine, ainsi nous voulons continuer dans tout ce qui sera dans notre pouvoir à être fidèles et soumis, ainsi qu'il nous a été accordé par Son Excellence Monseigneur Richard Philipps. »

Les pièces que nous venons de citer empruntent à la candeur de la rédaction une saveur spéciale, qui ne fait que rehausser la netteté et l'indépendance du fond. Conserver les immunités dont une longue tolérance a consacré la jouissance, maintenir la neutralité dans des querelles auxquelles ils veulent rester étrangers, professer en paix la foi à laquelle ils sont profondément dévoués : voilà le but des Acadiens. Habitués à une autonomie demi-séculaire , peu désireux de tomber sous la coupe de fonctionnaires anglais dont ils ignorent la langue et la procédure, dont ils suspectent les intentions, ils sont presque aussi mal disposés pour le gouvernement français dont ils n'ont pas oublié l'abandon dans le passé , et sur le concours duquel ils ne comptent plus dans l'avenir. Aussi zèles pour la religion de leurs aïeux qu'hostiles à celle de leurs nouveaux maîtres, attachés au sol, rebelles à un service militaire quelconque, encore plus à celui qui les mettrait en ligne contre leurs anciens compatriotes, pacifiques à l'excès, ils ne demandent qu'à vivre tranquilles et à garder au milieu d'eux les prêtres catholiques, qui desservent leurs églises , et qui dirigent leurs affaires aussi bien que leurs consciences.

A leurs yeux, la formule qu'on veut leur imposer ne peut avoir d'autre but que de troubler leur situation ; il cache

un piège contre lequel il faut être en méfiance, aussi doivent-ils le décliner avec la dernière énergie. Leur refus aura raison des exigences de Lawrence, comme il a triomphé de celles de ses prédécesseurs.

Quant aux intentions belliqueuses et aux projets de révolte que certains historiens anglais attribuent aux Acadiens, et qu'ils invoquent pour expliquer les mesures du gouverneur de la Nouvelle-Ecosse, ils ont existé peut-être dans l'imagination de ce fonctionnaire et de ses auxihaires, mais les rapports mêmes sur lesquels s'appuie le conseil de Halifax prouvent l'exagération, sinon l'inanité absolue, de ces accusations.

On leur reprochait la participation de quelques habitants de la presqu'île aux travaux des aboitteaux que l'abbé Leloutre avait entrepris dans les environs de Beauséjour, et le commerce entretenu avec les villages de la rivière Saint-Jean et avec les lies françaises du golfe Saint-Laurent. Pour mettre fin à des transactions qui, très légitimes pendant la paix, pouvaient présenter des inconvénients en temps de guerre, il suffisait d'être maître de la voie de communication de l'isthme de Shediac.

Or, au moment de la compariilion des députés, les forts étaient déjà depuis plusieurs mois au pouvoir des Anglais, qui possédaient de plus la suprématie maritime dans le golfe Saint- Laurent et la baie de Fundy. Les Acadiens étaient désarmés, leurs communications avec Louisbourg interrompues, toute manifestation de sympathies françaises, d'ailleurs fort attiédies à la suite d'une séparation de plus de quarante ans, serait facilement réprimée par les garnisons anglaises; un mouvement de rébellion n'était donc pas à craindre.

Quant à leur fidélité au roi George , la modification de quelques mots dans le serment d'allégeance ne pouvait exercer aucune influence sur les sentiments que les habitants français professaient à cet égard. D'autre part, Law-

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