LAWRENCE ET LES ACADIENS
rence qui avait passé plusieurs années dans la colonie , ne devait pas se tromper sur les véritables raisons de la résistance des Acadiens. Il connaissait leur répugnance pour le service militaire, et, s'il l'eût voulu, eût pu facilement les rassurer au sujet d'une obligation qu'il n'avait jamais songé à leur imposer.
Dans ces conditions, nous avons le droit de supposer que le changement de formule ne fut que l'expédient employé par le gouverneur et ses acolytes pour atteindre le but visé depuis plusieurs années : l'expulsion des habitants français et la saisie de leurs terres et de leurs bestiaux. Ce prétexte servit à colorer et à justifier aux yeux des ministres de l'Angleterre la conduite de Lawrence vis-à-vis des Acadiens, qui ne fut en réalité qu'un tissu de perfidie et d'hypocrisie. Il les irrite en confisquant leurs armes et en interdisant leur commerce; il malmène les délégués envoyés à Halifax pour lui porter des plaintes, remet sur le tapis une question de mots qu'il sait être un sujet d'inquiétude, ne fait rien pour apaiser des craintes mal fondées, cherche à arracher un consentement qu'on n'est pas autorisé à donner. Quand, à force de pression et de menaces, il obtient la soumission désirée, il se retourne, invoque une loi de circonstance dont certainement les malheureux n'avaient jamais entendu parler, repousse les offres d'obéissance et emprisonne ceux qui les font, afin, probablement, de les empêcher de communiquer avec leurs amis. Chez Lawrence, tous les procédés indiquent la résolution prise de bannir les Acadiens et le manque absolu de scrupules sur les moyens d'arriver à ses fins. La partie était trop inégale pour qu'il n'obtint pas le succès; ses victimes tombèrent inconsciemment et presque sans lutte dans le piège qu'il leur avait tendu.
Devant les juges de Halifax, le langage des représentants des Mines et de Pissiquid fut le même que celui des délégués d'Annapolis; leur sort fut identique. Les
uns et les autres furent mis en détention séance tenante.
L'arrêt du conseil fut ce que l'on pouvait attendre de l'esprit de ses membres (1) : « Comme il avait été déjà décidé de chasser de la province tous les habitants français, s'ils refusaient de prêter le serment, il y avait lieu d'examiner les mesures à prendre pour leur expulsion et les endroits sur lesquels ils seraient dirigés. A l'unanimité, il fut résolu que pour empêcher le retour des expulsés et des tentatives de leur part contre les colons qui hériteraient de leurs terres, il serait bon de les distribuer entre les différentes colonies anglaises du territoire américain, et de retenir les navires pour leur transport. »
Par sa dépêche du 18 octobre (2) , Law rence rend compte du résultat : « En présence de l'attitude des députés, le conseil s'est déterminé à obliger les habitants français à quitter la colonie, et s'est de suite occupé des mesures les plus promptes, les plus sûres, les plus économiques d'exécuter cette décision. » Renvoyer ces gens aux possessions françaises , serait renforcer ces établissements d'un nombre considérable d'hommes, « qui ont toujours été sans exception les ennemis acharnés de notre religion et de notre gouvernement, et qui seront irrités au plus haut degré de la perte de leurs biens. » Il fallait «. les répartir entre les colonies depuis la Nouvelle-Angleterre jusqu'à la Géorgie. Nous avons donc affrété, au taux le plus bas possible, des bâtiments pour les transporter; l'embarquement est très avancé; j'espère que quelques vaisseaux ont déjà mis à la voile, et qu'à la fin du mois prochain il n'y en aura plus un seul dans la province. »
Il nous reste à voir de quelle façon fut appliquée la sentence de bannissement prononcée contre les Acadiens, objet qui ne laissait pas que de présenter quelques diffi-
(1) Procès-verbal du Conseil de la NouvelIe-Écosse. Record Office. Londres.
(2) Lawrence aux Lords of Trade, 18 octobre 1755.