REFUGIES AU CANADA
efforts d'un magistrat intègre, le juge Halliburton, ils obtinrent les droits et le statut de leurs concitoyens anglo-saxons. Ils forment aujourd'hui un élément important de la population des provinces maritimes du Dominion, Grâce à leur attachement à la foi catholique , à leur fidélité à la langue française, grâce surtout à leur individualité bien marquée, les Acadiens ont conservé une sorte d'autonomie au milieu des colons d'origines diverses qui les entourent, mais avec lesquels ils n'ont pas fusionné. Le souvenir des persécutions de la guerre de sept ans, les traditions du « grand dérangement » de 1755 sont restés vivaces parmi eux, et c'est avec fierté que la génération actuelle parle encore des souffrances endurées par leurs ancêtres pendant cette période néfaste.
Au Canada et dans les postes français du golfe Saint-Laurent, le sort des réfugiés ne fut guère plus heureux que celui de leurs compatriotes embarqués.
Dans la correspondance échangée avec la métropole, nous relevons une triste peinture de leur situation. « La disette des vivres, écrit M. de Vaudreuil , gouverneur de la Nouvelle-France (1), a obligé M. de Boishébert de faire passer sur File Saint- Jean quarante -neuf familles; il en a aussi envoyé quelques-unes à Québec; il a eu 600 personnes, outre les sauvages, à nourrir pendant l'hiver; il a près de lui trente familles de Poit-Royal (2) ; il y a encore 1,000 personnes dans les Rivières, qui, pour la plupart, sont dans l'extrême besoin. Il me prévient que je serai obligé de lui envoyer des vivres pour la subsistance de 2,500 personnes qui vont venir â lui. Les habitants des Rivières lui ont envoyé des députés. Il leur a dit de se retirer le plus avant qu'ils pourraient dans les bois, en attendant qu'il pût les secourir. Il a reçu aussy des lettres des
(1) Vaudreuil au ministre 6 août 1756. Archives des colonies.
(2) Nom français d'Annapolis.
habitans des Mines retirés dans les bois , et de ceux de Port Royal, qui sont au Cap des Sables depuis l'automne; les uns et les autres le prient de vouloir bien les recevoir... Il est arrivé à la rivière Saint-Jean cinq familles d'Acadiens faisant nombre de cinquante personnes revenant de la Caroline ». Ces pauvres gens, repoussés parle gouverneur de la province, avaient pu se procurer une chaloupe dans laquelle ils avaient fait route pour leurs anciens établissements. D'autres fugitifs avaient pu gagner le Fort Duquesne sur l'Ohio, et de là le Canada. « Le récit qu'ils font des cruautés de l'Anglais, écrit Vaudreuil, ne pourra qu'animer les Acadiens et les sauvages. Je renouvelle mes ordres à ce sujet à M. de Boishébert et je prie messieurs les missionnaires d'y concourir en tout ce qui dépendra d'eux. Il ne serait pas naturel que les uns et les autres fussent aux charges du roi, sans donner des preuves certaines de leur zèle pour le service de Sa Majesté. »
L'hiver de 1756-1757 fut cruel pour les exilés : « Les Acadiennes, écrit Vaudreuil au ministre (1), voient mourir leurs enfants à leur mamelle ne pouvant les substanter; la plupart ne peuvent paraître, parce qu'elles n'ont point de hardes pour mettre leur nudité à couvert. Il est mort beaucoup d'Acadiens, le nombre des malades est considérable, et ceux qui sont convalescents ne peuvent se rétablir par la mauvaise qualité des aliments qu'ils prennent, étant souvent dans la nécessité de manger des chevaux extrêmement maigres, de la vache marine et de la peau de bœuf. Tel est. Monseigneur, l'état où se trouvent les Acadiens. M. Bigot va faire partir un bâtiment qui suivra les glaces, pour leur porter les secours qu'il est de notre pouvoir de leur fournir. »
M"'" de Pontbriant, évêque de Québec, confirme, quelques mois plus tard, ce récit : « On ne répétera rien ici du sort
(1) Vaudreuil au ministre, 19 avril 1757.