‹ Louis XV, et le renversement des alliancesChapitre 19 sur 249 · AVANCES FAITES AUX SAUVAGES · texte numérisé non relu

AVANCES FAITES AUX SAUVAGES

trouvons, clans les ordres donnés au colonel Johnson, chargé des affaires indiennes, par le gouverneur Shirley, devenu après la mort de Braddock commandant en chef des troupes anglaises dans l'Amérique du Nord, le passage suivant (1) : « En outre, ils (les Indiens) devront recevoir une prime pour tout prisonnier fait ou chevelure levée sur l'ennemi ; vous leur accorderez aussi tout autre encouragement qui vous paraîtra raisonnable, » Les coutumes des sauvages trouvèrent bientôt des imitateurs chez les coureurs des bois, et chez les Rangers, qui servaient d'éclaireurs aux armées; les troupes régulières des deux nations elles-mêmes assistèrent la plupart du temps indifférentes à des scènes de barbarie qu'il leur eût été, d'ailleurs, fort difficile d'empêcher.

Tout d'abord, les efforts pour faire prendre parti aux Indiens n'eurent qu'un succès très relatif; les Anglais ne purent emmener avec eux, dans les expéditions contre les forts Duquesne et Saint-Frédéric, qu'un faible nombre de sauvages; les Français, en dehors des Indiens domiciliés et convertis du Canada et de quelques isolés de la région des lacs, ne furent guère plus heureux au début des hostilités. La puissante confédération des Cinq-Nations (2) ne cacha pas ses intentions de rester neutre dans une lutte qui ne la regardait pas. Il serait impossible de ne pas être frappé du bon sens et de l'esprit pratique qui distinguent la réponse faite (3) par leurs délégués au gouverneur Duquesne, en présence des domiciliés du Sault et du Lac (4) :

(1) Additional instruction to major gênerai Johnson relative to the Indians of the six nations under his command. New-York, 24 décembre 1755, signé Shirley. — Secret Miscellaneous papers. Record Office. Londres.

(2) La confédération des Iroquois comprenait six nations depuis l'adhésion des Tuscaroras, mais conserve généralement dans les documents son ancienne appellation.

(3) Conseil tenu avec les Cinq-Nations à Montréal, le 12 octobre 1754. — Correspondance du Canada.

(4) Villages indiens dans les environs de Montréal.

« Mon père et mes frères, faites attention à ce collier ici; écoutez bien, l'un et l'autre, ce que je vais vous dire.

« Nous autres, les Cinq-Nations, travaillons toujours aux bonnes affaires pendant que notre père le Français et notre frère l'Anglais, aussi ambitieux l'un que l'autre, se disputent une terre qui n'appartient qu'à nous. Nous la tenons du Maître de la vie et non de l'un ni de l'autre. Nous sommes surpris, vous qui êtes de la prière, que vous n'en craigniez pas le châtiment. Laissez donc les couronnes de France et d'Angleterre en faire la décision, ou du moins videz vos querelles entre vous. Français et Anglais, seul à seul, sans y mettre des sauvages comme vous faites, ce qui fait que nous nous trouverons enveloppés entre ces deux frères, qui semblent, l'un et l'autre, vouloir nous faire rentrer dans le centre de la terre.

« Nous vous prions, mon Père, par ce collier, de vouloir travailler avec douceur à cette entreprise, afin que nous puissions être tranquilles sur nos terres. »

Les extraits de la correspondance officielle des deux gouvernements, le récit des faits , démontrent que la situation en Amérique était devenue intolérable , et que le conflit si légèrement engagé dans la région de l'Ohio devait s'étendre à toute la longue ligne de frontières qui séparait les territoires des puissances rivales. Il serait bien inutile, et d'ailleurs fort délicat, de juger les prétentions mises en avant sur les régions contestées, et de nous prononcer sur la valeur des droits et titres invoqués de part et d'autre ; aussi serions-nous tenté de mettre hors de cause les deux parties, et de faire gagner leur procès aux pauvres Iroquois, dont nous citions plus haut le discours.

Nous serions tout aussi embarrassé pour attacher la qualité d'agresseur plutôt à l'un qu'à l'autre des adversaires. S'il est difficile de justifier les empiétements des Français dans les cantons de l'Acadie en litige, Toccupation des bords de l'Ohio et l'expulsion des commerçants anglais

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