‹ Louis XV, et le renversement des alliancesChapitre 20 sur 249 · CONDUITE DES DEUX GOUVERNEMENTS · texte numérisé non relu

CONDUITE DES DEUX GOUVERNEMENTS

de cette contrée; s'il est impossible de concilier les instructions de la cour de Versailles , les ordres donnés à ses gouverneurs, avec les protestations officielles d'amitié , avec le désir hautement avoué de confier à la Commission des limites le soin de trancher les différends d'Amérique, il faut reconnaître que dans ce concours de fausseté, de mensonge et de trahison , le gouvernement de la Grande-Bretagne , distancé d'abord , reprit bientôt le dessus. L'autorisation accordée dès le mois de juillet 1754 au gouverneur Lawrence de rompre la trêve établie depuis quatre ans en Acadie, l'envoi du général Braddock en Amérique quelques mois plus tard avec la mission d'expulser les Français de positions qu'ils détenaient depuis quarante ans , ne furent précédés d'aucun avertissement, d'aucune réclamation auprès du cabinet de Louis XV. Cependant, les entreprises ainsi commandées, au lieu d'avoir pour but, comme celles des Français, l'acquisition de pays à peine explorés, visaient la prise ou la destruction de forts défendus par des garnisons importantes, et ne pouvaient avoir d'autre résultat qu'une lutte ouverte entre les deux couronnes.

Si la conduite de La Jonquière et de Duquesne fut perfide, et leur action quelquefois blâmable, il faut rappeler qu'ils ne firent qu'obéir aux injonctions de leur cour et aux suggestions de leur Ministre. Les gouverneurs anglais, beaucoup plus indépendants de la métropole, sont au contraire les initiateurs et les promoteurs d'une politique belliqueuse à l'égard des Français du Canada. Dinwiddie en Virginie, Lawrence à Halifax, Shirley à Boston, prennent ou sont prêts à prendre la responsabilité des mesures offensives qu'ils proposent et des attaques qu'ils projettent. Dans les procédés mis en œuvre pour l'accomplissement des plans élaborés, de part et d'autre les scrupules font défaut; cependant, dans cet ensemble de procédés déloyaux et de conseils malhonnêtes, le commentaire de Dinwiddie sur l'affaire de Jumonville, la violation de la

capitulation du fort de Nécessité, les assurances menteuses du gouverneur Lawrence ont droit à la première place.

Quoi qu'il en fût des mérites des deux gouvernements et de leurs représentants dans le Nouveau-Monde, il était évident, dans l'automne de 1754, que le seul moyen d'éviter la reprise des hostilités interrompues par l'hiver, de conserver la paix en Amérique et en Europe, était, à défaut de l'arbitrage international peu en usage à cette époque , une prompte et franche explication entre les deux cours, dans laquelle chacune ferait le sacrifice partiel de ses prétentions.

Le récit des pourparlers entamés à Paris et à Londres nous montrera des diplomates dont la bonne volonté ne compensait pas l'insuffisance, des ministres dont l'incapacité aggravait la faiblesse de leurs agents , des souverains chez lesquels Tamour-propre et la vanité n'étaient corrigés ni par le jugement ni par le bon sens.

Engagée dans de telles conditions, confiée à de telles mains , conduite sans méthode , sans décision , la négociation, qui devait son origine aux événements insignifiants que nous venons de relater, aboutira au conflit entre la France et l'Angleterre, et sera le préambule de la lutte sanglante à laquelle l'histoire a donné le nom de guerre de Sept Ans.

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