COMBAT DE LA MONANGHAHELA
dont Tun , enseigne en second de l'année dernière , vient d'être fait enseigne en pied, autorisèrent cette fuite par leur exemple.
« Ce mouvement en arrière ayant encouragé l'ennemi, il fît retentir ses cris de Vive le roi, et avança sur nous à grandspas; sonartilleries'étantpréparée pendant ce tempslà commença à faire feu, ce qui épouvanta tellement les sauvages que tous prirent la fuite. L'ennemi faisait la troisième décharge de mousqueterie quand M. de Beaujeu fut tué.
« Notre déroute se présenta à mes yeux sous le plus désagréable point de vue, et pour n'être point chargé de la mauvaise manœuvre d'autrui, je ne songeai plus qu'à me faire tuer. Ce fut alors, Monseigneur, qu'excitant de la voix et du geste le peu de soldats qui restait, je m'avançai avec la contenance que donne le désespoir. Mon peloton fît un feu si vif que l'ennemi en parut étonné ; il grossit insensiblement, et les sauvages, voyant que mon attaque faisait cesser les cris de l'ennemi, revinrent à moi. Dans ce moment, j'envoyai M. le chevalier Le Borgne et M. de Rocheblave dire aux officiers qui étaient à la tête des sauvages de prendre l'ennemi en flanc ; le canon qui battait en tête donna faveur à mes ordres. L'ennemi, pris de tous côtés, combattit avec la fermeté la plus opiniâtre; les rangs entiers tombaient à la fois ; presque tous les officiers périrent, et le désordre s'étant mis par là dans cette colonne, tous prirent la fuite.
« Le pilla ge fut horrible de la part des Français et des sauvages. Les officiers blessés, qui tous l'avaient été dans ce dernier choc, restaient sans secours. J'envoyai MM. de Normanville et Saint-Simon ramasser les soldats, tous revinrent. MM. de Carqueville, Laperade, Le Borgne, Monmidy et Hertel furent enlevés; les deux premiers expirèrent en arrivant au fort. 11 ne me resta plus de monde pour faire enlever le corps de M. de Beaujeu; je le fis cacher dans un
ravin un peu écarté du chemin. Tous les sauvages charg-és de butin et de chevelures prenaient le chemin du fort, à la réserve d'un certain nombre qui, ayant trouvé de l'eaude-vie dans les chariots, ne purent se résoudre à l'abandonner, et qui passèrent la nuit à se saouler.
« Nous nous consultâmes avec M. de Ligneris , et nous primes le parti de nous retirer, en vue de rallier notre petite armée, qui avait peu souflert et qui n'était que dispersée , pour nous mettre en situation de remarcher le lendemain , si l'ennemi se trouvait en état de faire de nouveaux mouvements avec sa réserve. Par l'événement, la chose n'eût pas été facile, tous les sauvages étant partis sur-lechamp, sans prendre congé, pour retourner dans leurs villages.
« Le lendemain matin, les sauvages, qui avaient passé la nuit à boire sur le champ de bataille , revinrent avec quelques officiers qui y étaient restés avec eux. Ils rapportèrent que l'ennemi marchait à nous et qu'ils avaient entendu les caisses. Je partis par terre avec M. de Léry et cent hommes pour aller chercher l'artillerie sur le champ de bataille; M. de Céloron conduisit par la rivière des pirogues pour la transporter. Cela s'exécuta non sans alerte , chaque sauvage qui venait à nous nous annonçant l'ennemi; mais nous la conduisîmes au bord de la rivière où, ayant été embarquée, elle fut bientôt au fort. Deux découvertes que je fis faire pendant cette opération nous tranquillisèrent sur le prétendu mouvement des ennemis.
« Ainsi s'est passée. Monseigneur, la journée du 9 de juillet, dans laquelle je me flatte de m'être montré soldat et officier. »
M. de Contrecœur termine son rapport, beaucoup moins détaillé que le récit de Dumas, par la nouvelle du départ des Indiens qui, suivant leur coutume, étaient retournés chez eux pour célébrer leur victoire. « Tous les sauvages de Détroit et de Michilimakinac sont partis dès le lende-