‹ Louis XV, et le renversement des alliancesChapitre 196 sur 249 · SHIRLEY GÉNÉRAL EN CHEF · texte numérisé non relu

SHIRLEY GÉNÉRAL EN CHEF

tons devant les chiens... et quand nous avons essayé de les rallier, nous avons eu autant de succès que si nous avions voulu arrêter les ours de nos montagnes... On suppose que le nombre de nos morts atteint 300 ou plus, laissés sur le champ de bataille; on en a emporté à peu près autant ; l'on croit (j'estime avec raison) , que les 2/3 de nos pertes sont dues au feu de nos poltrons de soldats, qui en dépit des ordres se sont massés en pelotons de dix ou douze de profondeur, et ont mis en joue et ont tiré sans viser, atteignant ainsi tout ce qui était devant eux. Je tremble en pensant aux suites que notre défaite aura pour les habitants de notre zone frontière, qui abandonneront tous leurs fermes si l'on ne prend pas des mesures pour leur défense. »

Les craintes de Washington étaient fondées : le colonel Dunbar, qui prit la place du général à la tête de la colonne, se retira en toute hâte sur le fort Cumberland, et malgré les supplications de Dinwiddie, gouverneur de la Virginie, évacua bientôt ce poste pour gagner Philadelphie.

Shirley, qui remplaça Braddock dans le commandement des troupes tant régulières que provinciales de l'Amérique, n'était pas un militaire de carrière; dans sa nouvelle fonction, il ne fit pas preuve du talent qui supplée quelquefois à l'expérience. Chargé de l'expédition dirigée contre le fort de Niagara avec deux bataillons récemment levés, il était campé sur le cours supérieur du Mohawk, fleuve tributaire du Hudson, quand il apprit le désastre de la Monanghahela. Il donna, à peu de jours d'intervalle, des ordres contradictoires : tout d'abord, il autorisa Dunbar à se replier sur Albany (1), dans la province de New- York; puis il lui enjoignit de renouveler l'entreprise dans laquelle on venait d'échouer. Renforcé par les contingents des colonies de la Virginie , du Maryland et de la Pensylvanie , le successeur de Braddock reprendrait sa marche

(1) Shirley à Dunbar, 6 août 1753. Record Office. Londres.

sur i'Ohio; après avoir enlevé le fort Duquesne, il se porterait sur les positions françaises du lac Érié; « cependant », ajoutait le nouveau général (1), « si par suite d'accidents imprévus, vous vous trouvez dans l'impossibilité absolue de remplir ces instructions, vous vous conformerez à mes premiers ordres et vous gag-nerez le poste d'Albany ». Dunbar, comme nous l'avons dit, profita de la latitude que lui laissait son supérieur pour se retirer en Pensylvanie.

De son côté, Shirley, détachant le colonel Johnson avec 3 à 4,000 provinciaux et quelques centaines d'Indiens pour tenir tète aux troupes françaises en position sur le lac Champlain, continua sa route sur Oswego. Malgré les difficultés du chemin, il eut le temps d'esquisser tout un plan de campagne (2), d'après lequel, avec 6,000 Anglais et 12,000 miliciens, il se faisait fort de s'emparer de Montréal et de Québec et de chasser les Français du Canada. L'entreprenant gouverneur parvint , le 18 août, à Oswego, dont il trouva les fortifications incomplètes et fort mal entretenues; après quelques jours employés à mettre le poste en état de défense , il réunit un conseil de guerre (3) , lui soumit et fit approuver le projet de partir avec 600 hommes et quelques pièces de canon pour tenter un coup de main sur le fort de Niagara. Le mauvais temps, la fatigue de ses troupes, le firent renoncer (4) à cette aventure , dont le succès eût été douteux.

Nous laisserons Shirley dans sa position fort exposée sur le lac Ontario, pour nous occuper des événements qui se passèrent pendant la belle saison au Canada.

L'embarquement des troupes françaises, qui devaient renforcer les garnisons de la Nouvelle-France , eut lieu à

(1) Shirley à Dunbar, 15 août 1755. Record Office.

(2) Shirley à Robinson, 12 août 1755.

(3) Shirley à Robinson, 19 septembre 1755.

(4) Shirley à Robinson, 28 septembre 1755.

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