‹ Louis XV, et le renversement des alliancesChapitre 198 sur 249 · RAPPORT DE VAUDREUIL · texte numérisé non relu

RAPPORT DE VAUDREUIL

Frédéric et s'arranger pour cet effet à Orange (1). Leurs mouvements ont même si effrayé les habitants qui ont leurs terres au-delà du fort, qu'ils les ont abandonnées. Le fort Duquesne est réellement menacé; le 7 de ce mois, les Anglais étaient à 6 ou 8 lieues de ce fort , on m'écrit qu'ils sont au nombre de 3,000 avec de l'artillerie et autres munitions pour faire un siège... Je crains, Monseigneur, avec raison les premières nouvelles de ce fort, et je serai agréablement surpris , si l'Anglais a été forcé d'abandonner son entreprise.

« A l'égard de Niagara, il est certain qu'il est aux Anglais s'ils parviennent à l'attaquer. On me marque que ce fort est si délabré, qu'il n'est pas possible d'y mettre une cheville sans le faire tomber par morceaux ; on est obligé d'y mettre des élançons pour le soutenir. La garnison est composée de trente hommes , qni n'ont point de fusils. Le sieur de Yilliers a été détaché avec environ 200 hommes pour y établir un camp d'observation. Voilà, Monseigneur, un abrégé vrai de l'état où M. le marquis Duquesne m'a remis le gouvernement pour les parties que je viens de traiter... Le mal est fait; il est si visible que je puis dire sans trop de prévention , qu'il aurait été à souhaiter que j'eusse été en possession de ce gouvernement il y a trois ans. La colonie et les finances ne seraient point si excessivement épuisées. Quelque grand que soit le mal, il faut que j'y remédie; et pour remplir mon zèle et mes vues à cet égard , je ne saurais perdre de vue mon projet sur Chouaguen (2), puisque du succès de ce projet dépend la tranquillité de la Colonie. »

Mais avant de prendre l'offensive, il fallut arrêter les mesures indispensables pour la défense des points menacés. Les bataillons de Béarn et de Guyenne furent envoyés

(1) La ville d'Albany, sur le Hudson, avait porté le nom d'Orange pendant la domination hollandaise.

(2) Nom donné par les Français au fort anglais d'Oswego.

à Frontenac, principal poste français sur le lac Ontario, que l'on croyait visé par la marche de Shirley sur Oswego; au mois d'octobre, une partie de ce détachement alla renforcer la garnison et rétablir les fortifications de Niagara. Le reste des troupes de terre et la plupart des soldats de la marine furent dirigés , sous les ordres de Dieskau , sur le fort Saint- Frédéric, que Johnson, avec son corps mixte de coloniaux et de sauvages à la solde britannique, s'apprêtait à attaquer.

L'officier anglais s'était avancé avec la fraction principale de sa division jusqu'à l'extrémité sud du lac du Saint- Sacrement (1), et avait dressé son camp sur l'emplacement où fut établi plus tard le fort William Henry (2), célèbre par la victoire de Montcalm et par le massacre qui suivit la capitulation. La position des Anglais était reliée à la rivière Hudson par une route nouvellement ouverte dans la forêt, et leurs communications couvertes par le petit fort Lydius, situé sur le fleuve. Johnson comptait sous son commandement immédiat 2,-300 provinciaux et 300 Indiens; la garnison du fort ne dépassait guère 500 hommes.

Trompé par le rapport d'un prisonnier, qui prétendait que les Anglais s'étaient retirés sur Albany et n'avaient qu'une faible arrière-garde au fort Lydius, le général français se décida à tenter un coup de main contre ce poste. Laissant le gros de ses forces et presque toutes les troupes de France à Carillon (ou Ticonderoga) (3) , au confluent du lac Champlain et de la rivière qui prolonge le lac George et lui sert de déversoir, il forma une colonne légère composée de 200 hommes des bataillons de Languedoc et de la Reine, 6 à 700 Canadiens et environ 600 sauvages. A la tête de ces contingents, il remonta le lac Champlain , la baie du Sud qui lui fait suite , et après quatre

(IJ Aujourd'hui lac George.

(2) Appelé en premier lieu fort George.

(3) Nom indien adopté par les Anglais et aujourd'hui en usage.

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