‹ Louis XV, et le renversement des alliancesChapitre 21 sur 249 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

SITUATION POLITIQUE EN EUROPE A LA FIN DE 1754. — NÉ- GOCIATIONS DE MIREPOIX A LONDRES. DÉBUT DES HOS- TILITÉS SUR MER. RUPTURE ENTRE LA FRANCE ET l' AN- GLETERRE.

Avant de raconter les incidents diplomatiques qui précédèrent OU suivirent la rupture entre la Grande-Bretagne et la France , il convient d'examiner rapidement la situation politique de l'Europe.

Les quelques années qui s'écoulèrent entre la paix d'Aixla-Chapelle et le commencement de la guerre de Sept Ans, offrent plutôt l'aspect d'une trêve armée que la perspective d'une ère de tranquillité durable. Les conditions acceptées par les parties contractantes n'avaient donné satisfaction à aucune d'entre elles. La France regrettait la rétrocession des Pays-Bas, dont elle avait été si longtemps maîtresse ; elle ne trouvait dans la restitution de l'Ile du Cap- Breton qu'une compensation bien légère pour les sacrifices en hommes et en argent que lui avait coûtés la lutte sur le continent.

En Angleterre , le monde commerçant très influent cachait à peine le dépit que lui causait la nécessité de renoncer aux avantages obtenus en Amérique , et se promettait d'acquérir, par des établissements solides dans la Nouvelle- Ecosse et sur les bords de l'Ohio, la possession des terri-

toires à peine explorés, dont la souveraineté était revendiquée par la France.

Le roi de Prusse , en butte aux soupçons et à la méfiance de la plupart de ses voisins, malgré la garantie qui lui était accordée par l'un des articles du traité de paix, dissimulait à peine ses préoccupations au sujet de la Silésie. Sa rivale, Fimpératrice-reine, avait le souci perpétuel des pertes qu'elle avait dû subir, et conservait l'espoir de recouvrer les provinces qui lui avaient été si brutalement arrachées.

L'Espagne, froissée d'avoir été abandonnée par la France au moment des négociations, gardait rancune à son ancienne alliée et la rendait responsable du peu de bénéfice qu'elle avait rertiré de la dernière guerre.

La Russie enfin, qui n'était intervenue qu'à la dernière heure dans la bagarre, peu satisfaite du rôle qu'on lui avait fait jouer, visait à prendre sa revanche de l'inaction qui lui avait été imposée.

Cependant, malgré le mécontentement latent qui existait dans le cœur des souverains et de leurs ministres , le groupement politique des États de l'Europe se retrouve en 1754 tel qu'il était sorti du traité d'Aix-la-Chapelle.

Louis XV entretient les rapports les plus amicaux et en apparence les plus cordiaux avec Frédéric, roi de Prusse. Le traité de 17il qui lie les deux couronnes, et d'après lequel la France supportait les frais d'entretien de 20,000 soldats allemands laissés à la disposition de la Prusse, est encore en vigueur. Les agents français et prussiens , accrédités auprès des différentes cours de l'Europe, marchent de concert et échangent des confidences. Dans sa correspondance (1) immédiate avec ses envoyés de Lon-

(1) La correspondance diplomatique prussienne de cette époque comprend 1° les lettres officielles contresignées des ministres Podewils et Finkenstein; 2° la corresiJondancfi personnelle dictée et signée par le roi. Cette dernière est appelée « immédiate ».

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