RESULTATS DE LA CAMPAGNE
surer la subsistance des bataillons de France , dont la plupart furent logés chez l'habitant.
En fin de compte , les incidents de la campagne de 1755 en Amérique n'avaient pas eu de caractère décisif. Dans la région de l'Ohio, les Français, victorieux à la bataille de Monanghahela, avaient profité du prestige acquis, pour attirer à eux tous les Indiens de la contrée; des partis, composés de sauvages et de quelques Canadiens dirigés par des officiers coloniaux, avaient été lancés sur les frontières des provinces anglaises de la Virginie et de la Pensylvanie. Les fermes avaient été brûlées, les cultures dévastées; de nombreux colons avaient été mis à mort ou emmenés comme prisonniers, et quelques postes fortifiés avaient été enlevés; dans toute cette partie du continent , la domination anglaise avait été refoulée au delà des monts. Vers les lacs Ontario et Champlain, les efforts des Anglais n'avaient eu d'autre suite que le ravitaillement d'Oswego et le stérile succès du lac George ; le territoire du Canada n'avait pas été entamé. Par contre, en Acadie, les Français avaient été chassés de l'isthme qui relie la Nouvelle-Ecosse à la terre ferme , et avaient perdu leurs positions sur la baie de Fundy; le gouverneur Lawrence, par la cruelle expulsion des habitants français, avait consolidé la suprématie anglaise dans la presqu'île. Enfin, l'escadre française, malgré son infériorité , avait pu , au prix de sacrifices insignifiants , transporter au Canada et à File du Cap-Breton les renforts, dont l'envoi avait été le prétexte de l'attaque de l'amiral BoscaAven, et la cause directe de la rupture entre l'Angleterre et la France.
Si dans le Nouveau-Monde les résultats furent partagés entre les belligérants, en Europe les premières hostilités se traduisirent par un avantage marqué pour les armes de la France.
Pendant le dernier semestre de 1755, le gouvernement de Louis XV, on l'a vu , avait supporté patiemment les
entreprises des Anglais contre la^arine française ; il n'avait pas voulu exercer la moindre représaille pour la capture des nombreux bâtiments qui étaient détenus avec leurs équipages dans les ports de l'Angleterre. Ce ne fut qu'à partir de la réponse négative de la cour de Saint-James à la réquisition de décembre 1755, qu'on se décida à commencer les opérations en Europe.
Débarquer dans File de Minorque, l'enlever aux Anglais qui l'occupaient depuis la guerre de la succession, l'offrir aux Espagnols comme prix de leur entrée dans l'alliance, ou la conserver comme gage à échanger contre les conquêtes que l'ennemi pourrait faire en Amérique : tel fut le projet conçu par le cabinet français. Le succès de l'expédition dépendrait de la rapidité de l'exécution, et à cet égard les circonstances paraissaient propices.
En Angleterre, une véritable panique avait suivi l'ardeur belliqueuse des premiers jours; on ne parlait que des préparatifs d'invasion qui se faisaient en France , des camps formés sur le littoral, des convois rassemblés dans les ports de la Manche pour le transport des troupes. L'armée nationale, réduite au strict minimum du temps de paix, n'atteignait, au commencement de 1756, malgré quelques augmentations récentes, qu'un effectif de 40,000 hommes environ, dont 30,000 à peine dans les îles Britanniques; aussi eut-on recours aux contingents étrangers que mettaient au service du royaume insulaire les conventions défensives ou les traités de subsides passés avec les puissances continentales. Tout d'abord , on s'adressa aux Provinces-Unies ; nous avons vu le cruel embarras dans lequel cette demande mit les États Généraux et la réponse évasive qu'ils lui firent. A défaut des Hollandais, on fit venir les 8,000 Hessois à la solde anglaise, et bientôt après, sur la demande expresse du Parlement (1), un corps
(1) Une motion dans ce sens fut présentée par lord George Sackville