‹ Louis XV, et le renversement des alliancesChapitre 204 sur 249 · DÉBARQUEMENT DES FRANÇAIS · texte numérisé non relu

DÉBARQUEMENT DES FRANÇAIS

troublée par la garnison anglaise, qui se renferma clans l'enceinte du fort Saint-Philippe.

L'expédition française n'avait pas été , cependant , une surprise pour le gouverneur de Minorque. Le 10 février, le général Blakeney (1) signalait au ministère anglais les préparatifs de Toulon. Il écrit qu'il se concerte avec le commandant de la petite escadre anglaise pour la défense de l'ile , et se plaint de l'hostilité des habitants qu'une occupation de plus de quarante ans n'avait pas réconciliés avec la domination britannique.

Le Commodore Edgecumbe est moins précis dans ses dépêches à l'Amirauté (2) ; tout en mentionnant les armements des ports de Provence, il se demande s'ils visent l'ile de Minorque ou la Corse , ou même s'il ne s'agit pas d'une manœuvre destinée à détourner l'attention des Anglais des côtes de la Manche.

Tout doute disparut à l'arrivée de la flotte française, dans la soirée du 17 avril. Les quatre vaisseaux sous les ordres d'Edgecumbe (3) furent embossés de manière à fermer l'entrée du port de Mahon, et des détachements de matelots et d'infanterie de marine débarqués, pour servir les batteries de terre qui protégeaient les abords de la passe. Le 19 et le 20, eurent lieu des conseils de guerre, dans lesquels il fut décidé , malgré l'opposition du général Blakeney, que la division anglaise se retirerait à Gibraltar pour éviter de tomber entre les mains des Français, Le Commodore fit voile de Mahon avec deux vaisseaux, le 20 avril; les autres bâtiments ne purent effectuer leur sortie que le 21 , tandis que ce fut seulement dans la nuit du 23 au 24 avril que l'escadre française quitta le mouillage de Citadella pour établir la croisière devant le port.

Il est difficile d'expliquer l'inaction de la Gallissonnière ,

(1) Blakeney à Fox, 10 février — fin mars, elc. Record Office.

(2) Edgecumbe à Cleveland, 7 mars 1756, 24 mars 1756.

(3) Edgecumbe à Cleveland, 2 mai 1756.

qui ne fit aucune tentative pour empêcher la fuite des vaisseaux anglais. La nécessité de couvrir la mise à terre des troupes, et l'absence d'une partie des équipages employés à cette opération , ne paraîtraient pas des raisons suffisantes, si l'on ne tenait pas compte des instructions si pleines de prudence données à l'amiral par le ministère.

Dans le port de Mahon , les Français trouvèrent dix bâtiments marchands, que les Anglais avaient capturés dans la Méditerranée et qui recouvrèrent leur liberté , ainsi qu'un navire danois, porteur de. blé, dont la cargaison fut affectée à la subsistance de l'armée.

Blakeney, vieillard énergique de quatre-vingt-quatre ans, avait sous ses ordres quatre bataillons d'infanterie et des détachements d'artillerie, en tout environ 3,200 ou 3,300 soldats (1) et 120 matelots laissés par Edgecumbe; il n'avait reçu aucun renfort de l'Angleterre depuis le début de l'année. Si la garnison était faible, ce désavantage était compensé par la situation et la disposition de la citadelle dont le siège allait commencer. Tandis que la ville de Mahon se trouve au fond du long bras de mer qui constitue le port, le fort Saint-Philippe (2) était construit au bord de la pleine mer, sur une langue de rochers, enserrée d'un côté par le goulet étroit qui forme la passe , et de l'autre par une petite anse appelée la calle Saint-Étienne. Le corps de la place, un fort de quatre bastions avec redoutes, contregardes et ra vélins, était entouré de lunettes et d'un certain nombre d'ouvrages indépendants, dont les plus importants étaient le fort Marlboro, au-delà de la calle Saint-Étienne, le fort Saint- Charles, sur le bord de

(1) L'état de la garnison, embarquée après la capitulation, donne 2,965 officiers et soldats et 120 matelots. A ces chiffres il faut ajouter 171 hommes aux hôpitaux et environ 100 hommes tués ou morts pendant le siège. (Annexe à la dépêche de Richelieu du 29 juin 1756.)

(2) Voir à la fin du chapitre le plan du fort Saint-Philippe reproduit d'après l'original. — Archives de la guerre.

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