FORT SAINT-PHILIPPE
la mer, les forts de la Reine, d'Anstruther (1) et d'Argyle, sur le front de terre. Une autre fortification, le petit fort Philippet, sur la rive opposée delà passe d'entrée, dont les feux se croisaient avec ceux de la place , avait été évacuée par les Anglais. Le terrain des environs était un roc, où il eût été trop dangereux d'ouvrir la tranchée et sur lequel on ne pouvait avancer qu'à la sape ; le glacis et les chemins couverts étaient contreminés.
A faible distance du front de terre, se trouvait le village ou faubourg de la Ravale, à 3/4 de lieue de la ville. C'était évidemment de ce côté, et en mettant à profit le couvert des maisons et des jardins, que l'assiégeant devait établir ses premières approches et plus tard ses batteries de brèche. Sur l'autre rive du goulet d'entrée, près de la tour des signaux et au-delà de la calle Saint-Étienne, il serait avantageux de placer des mortiers, destinés à inquiéter l'ennemi et à prendre à revers la défense de la citadelle.
Mais, dès les premiers jours, et quoique l'assiégé ne fit rien pour gêner l'attaque, il devint clair que les difficultés de l'entreprise seraient plus grandes qu'on ne l'avait pensé à Versailles. « La place est très bien située, » écrivait-on (2), « très bien fortifiée et minée; elle est heureusement dominée. Il y a une artillerie foudroyante et un feu rasant; nous aurons la tranchée à ouvrir dans le roc, mauvaise plaisanterie qui nous pourra coûter un peu de monde. »
D'autre part, l'impossibilité d'activer les transports se fait sentir de plus en plus : il n'y a pas de chariots dans File, les mulets font défaut, il faut employer « nos bœufs des vivres (2) , que cela fait presque tous crever, faute de gens qui les sachent conduire » ; les officiers d'artillerie demandent 200 jours (3) pour transporter le parc de siège
(1) Les Français transformèrent le nom anglais en Strucken ou Stucknen.
(2) Lettre écrite de Mahon, le 26 avril 1756. Archives de la guerre.
(3) Richelieu au ministre, 27 avril 1756.
de Citadella aux batteries. Enfin, grâce à Fentrain des officiers , à la bonne volonté des soldats , les obstacles furent surmontés; on put se servir de la voie de mer pour les munitions , que l'on débarqua dans une petite baie peu éloignée de la Ravale, et le feu contre la place commença le 8 mai.
Entre temps, le maréchal de Richelieu avait reçu une lettre du commandant anglais, lui demandant l'explication d'hostilités engagées alors que la guerre n'était pas déclarée entre la France et l'Angleterre. Richelieu répondit (1) avec à propos « que son intention était absolument pareille à celle des flottes de Sa Majesté Britannique à l'égard de nos bâtiments français ».
Les débuts du siège ne furent pas heureux; les batteries de la tour des signaux , quoique ayant vue sur l'intérieur du fort Saint-Philippe, en étaient trop éloignées (2) pour produire grand effet; celles de la Ravale, établies successivement et sans méthode, furent écrasées par la supériorité des feux de la place. Il fallut renoncer â l'espoir de pouvoir brusquer les opérations et se résigner aux lenteurs d'approches en règle, pendant lesquelles les Anglais auraient l'occasion de venir au secours de leur garnison.
En effet, le 18 mai, la Gallissonnière signala l'apparition dans les parages de File Majorque d'une flotte anglaise, annonça au maréchal qu'il se portait à sa rencontre et demanda des secours en hommes , qui lui furent envoyés , mais dont la majeure partie ne put rejoindre les vaisseaux sur lesquels ils devaient être répartis.
Les dépêches de Rlakeney, parvenues à Londres dans le courant de mars, avaient causé quelque émotion au sein du cabinet de Saint-James. Le 22 de ce mois, l'amiral Byng reçut l'ordre de prendre le commandement d'une escadre de neuf vaisseaux de ligne et d'embarquer un bataillon, des-
(1) Richelieu à Blakeney, 22 avril 1756.
(2) 675 toises. Rapport de l'ingénieur civil