‹ Louis XV, et le renversement des alliancesChapitre 206 sur 249 · L'AMIRAL BYNG · texte numérisé non relu

L'AMIRAL BYNG

tiné à renforcer la garnison de Minorque; à son passage à Gibraltar, il prendrait à bord un autre bataillon , formé de détachements tirés de cette forteresse. Ses forces, jointes à celles du commodore Edgecumbe, seraient suffisantes pour pénétrer dans le port de Mahon, et pour y mettre ses troupes à terre, malgré la présence de la flotte française.

Byng mit à la voile le 5 avril, mais retardé par des vents contraires , ne fut rendu que le k mai à Gibraltar^ où il trouva la division d'Edgecumbe, échappée de Minorque.

Selon les habitudes de Fépoque , aussitôt après l'arrivée de l'amiral, il se tint un conseil de guerre, qui opposa un avis unanime à tout prélèvement sur la garnison déjà trop faible de Gibraltar. Sous l'impression de cette décision, peut-être aussi des renseignements venus de Mahon, Byng écrivit en termes très découragés à l'amirauté anglaise; (1) « Si j'avais été assez heureux d'être parvenu à Minorque avant le débarquement des Français, je me flatte que j'aurais pu les empêcher de s'établir dans l'ile ; mais après ce qui est malheureusement arrivé , je suis fermement de l'avis que, vu le nombre de troupes mises à terre, les quantités d'approvisionnements, vivres et munitions apportées avec elles, en faisant parvenir au château (de Saint-Philippe) un renfort, je ne ferai que permettre au gouverneur de prolonger sa résistance pendant quelques jours, et j'augmenterai le nombre des prisonniers dont l'ennemi devra s'emparer; caria garnison devra capituler dans un temps donné , si nous ne pouvons débarquer assez de monde pour chasser les Français ou pour les forcer à lever le siège. Toutefois, je suis résolu à aller à Minorque, où je serai mieux en état de juger la situation, et je donnerai au général Blakeney toute Fassistance qu'il me demandera, quoique j'aie heu de craindre (d'après les rapports des officiers du génie et de l'artillerie qui connaissent

(1) Byng à Cleveland, Gibraltar, le 4 mai 1756. Record Office.

la forteresse) que toute communication soit coupée;., si l'ennemi a établi des batteries sur les deux rives de l'entrée du port, nos embarcations ne pourront arriver aux portes d'accès de la forteresse. »

L'amiral anglais envisage la possibilité d'une entreprise contre Gibraltar et ajoute : « Si je ne réussis pas à faire lever le siège de Port-Mahon, je m'occuperai de la sécurité et de la défense de Gibraltar, comme le second but de ma mission. Je me rendrai ici avec l'escadre et j'espère que Leurs Seigneuries approuveront ma conduite. »

Byng partit de Gibraltar le 8, et arriva en vue de Minorque le 19 mai : « Les couleurs de Sa Majesté Britannique flottaient encore, écrit-il dans sa dépèche à l'amirauté (1), sur le château de Saint -Philippe, sur lequel tiraient plusieurs batteries de mortiers. Je détachai en avant trois frégates, avec ordre de reconnaître l'entrée du port, et je donnai ordre au capitaine Hervey de chercher à faire parvenir au général Blakeney une lettre, dans laquelle je lui annonçai l'arrivée de l'escadre destinée à le secourir. Mais la flotte ennemie ayant paru au sud-est et la brise de terre fraîchissant beaucoup, je fus obligé de rappeler mes frégates, avant qu'elles pussent se rapprocher assez de l'entrée de la passe pour s'assurer si les batteries françaises nous empêcheraient de communiquer avec le château. »

Durant la soirée et la nuit, les escadres manœuvrèrent pour s'assurer l'avantage du vent, qui resta définitivement aux Anglais. Le combat s'engagea à sept lieues au sud de Mahon , le 20 mai , à deux heures de l'après-midi , et dura environ trois heures, sans résultat décisif.

« Quand les ennemis se virent hors de la portée du canon, écrit la Gallissonnière dans son rapport (2), ils vi-

(1) Byng à Cleveland, à bord du Eamillies, le 24 mai 1756.

(2) La Gallissonnière au ministre, à bord du Foudroyant, le 21 mai. Dépé-

Page 1