SUCCES DE LA GALLISSONNIERE
rèrent de bord. Je fis signal à F avant-garde, qui depuis longtemps n'avait plus de vaisseaux par son travers, de virer par la contremarche pour poursuivre les ennemis. Cet ordre ne put être exécuté; les Anglais continuèrent leur bordée qui les portait au large et nous la nôtre qui nous a mis, ce matin (le 20 mai), à la vue et fort proche de l'entrée de Mahon, qui est l'objet dont je dois m'occuper. Les ennemis étaient en tout 18 voiles et nous 16. Us avaient 13 vaisseaux de ligne dont un à trois ponts, et nous 12 vaisseaux de ligne. »
De part et d'autre , les pertes furent à peu près égales : du côté des Français, elles se montèrent à 38 tués et 175 blessés; les bâtiments anglais furent plus mal traités et l'un de leurs vaisseaux, r Intrépide , démâté, dut prendre la remorque d'une frégate et ne put rejoindre son amiral que le surlendemain du combat.
La rentrée de l'escadre de La Gallissonnière et la nouvelle de l'échec de la flotte britannique donnèrent lieu, dans le camp du corps expéditionnaire, à des démonstrations , auxquelles Richelieu s'associa en ordonnant une réjouissance générale. Cependant, la relation de l'amiral français, qui fait honneur à sa modestie, n'exagérait en rien les résultats définitifs qu'on pouvait attendre de l'action du 20 mai; aussi le chevalier de Redmond, maréchal des logis de l'armée, exprimait-il l'opinion de l'état-major en traitant cette affaire « d'événement plus brillant que solide )).
Mais contrairement à l'attente dans l'armée française où l'on croyait à un retour offensif de l'escadre anglaise, l'amiral Ryng, ému des avaries de quelques-uns de ses vaisseaux, encombrés de malades et de blessés qu'il ne pouvait débarquer, impressionné par l'avantage qu'assu-
che citée par M. Foucher de Saint-Maurice dans son ouvrage, le Contreamiral Bijng.
raient à ses adversaires les ressources en hommes et en matériel de leur armée de terre , se décida à renoncer à l'entreprise dans le succès de laquelle il n'avait jamais eu confiance. Il convoqua, le 24 mai, un conseil de guerre (1), dans lequel il fut résolu à l'unanimité qu'il était impossible de faire lever le siège du fort Saint-Philippe, qu'un nouvel engagement avec l'escadre française pourrait avoir des suites fâcheuses pour la sûreté de Gibraltar, et qu'en conséquence la flotte devait efl'ectuer sa retraite. Peu de jours après son arrivée en rade de Gibraltar, Byng fut rejoint par cinq vaisseaux de ligne, avec des renforts pour la garnison de cette forteresse et pour celle du Port-Mahon. Il s'occupait activement de la réparation (2) et du ravitaillement de ses bâtiments, et annonçait son intention de retourner à Minorque, quand il reçut l'ordre de remettre son commandement à l'amiral Hawke , et de se rendre en Angleterre pour rendre compte de sa conduite.
Parmi les assiégeants, malgré le départ de l'escadre anglaise , les préoccupations les plus vives se manifestaient sur les difficultés de l'attaque et sur le peu d'efficacité des opérations déjà engagées. « Depuis le 9 que la tranchée est censée ouverte , écrit Maillebois (3) , nous n'avons pas gagné beaucoup de terrain sur la place... On a pris le parti de commencer deux nouvelles batteries, pour attaquer le donjon et les feux d'amphithéâtre (4), qui causent tous les jours quelque tribulation à nos anciennes batteries... Gela donnera le temps à notre mineur d'arriver à l'angle saillant de la lunette de la Reine ; c'est alors que nous jugerons de la ténacité de l'ennemi et dii terme que pourra avoir notre siège... On commence avoir un peu de noir dans le quartier général ; il n'y aurait pas grand
(1) Conseil de guerre tenu à bord du Ramillies en mer, le 24 mai 1756.
(2) Byng à Cleveland, 23 juin et 4 juillet 175G.
(3) Maillebois au ministre, 22 mai 1756.
(4) 11 s'agissait des batteries à étages du fort Argyle.