‹ Louis XV, et le renversement des alliancesChapitre 208 sur 249 · TRAVAUX DU SIEGE · texte numérisé non relu

TRAVAUX DU SIEGE

mal si cela ne gagnait pas le camp , où l'on ne voit guère mieux. »

Huit jours plus tard, la perspective n'avait guère changé ; Maillebois rapporte au ministre d'Argenson (1) : « Je n'ai qu'un quart d'heure pour écrire et j'en profite pour ne pas perdre une occasion de vous mettre au courant de cette besogne, qui devient tous les jours plus difficile, non pas par le fond mais par la forme. Vous avez vu, par mes lettres précédentes, le peu de progrès que nous avons fait dans notre attaque, soit à cause du front que nous avons préféré, soit à cause de l'éparpillement de nos batteries qui a occasionné une consommation assez inutile de nos munitions. Après avoir bien examiné notre situation, il résulte que depuis trois semaines que nous attaquons la place, nous ne sommes guère plus avancés qu'au bout de quatre jours, parce que nos batteries destinées à ruiner les défenses ne tireront que mercredi ou jeudi. »

Tout l'effort de l'assiégeant était concentré sur les ouvrages avancés du fort Saint-Philippe, dont l'ingénieur chargé de la direction du siège, M. de Guiol, fait la description suivante (2) : « Du côté de notre attaque , l'ouvrage extérieur le plus considérable est le fort la Reine. C'est une grande demi-lune avec des flancs qui a, à sa gauche, une petite redoute et une lunette avec des flancs intérieurs nommée la lunette de la Reine ; à sa droite , sur le bord de la mer, il y aie fort de Strucken (3) et le fort d'Argyle. C'est un petit carré assez élevé, sur lequel il y a beaucoup de pièces de canon en batterie ; au pied de ce carré, il y aune seconde batterie, enfin une autre petite lunette plus basse, sur laquelle il y a encore des batteries. Les glacis de ces ouvrages extérieurs ne sont éloignés que de 40 à 60 toises du village de la Ravale, que les Anglais ont négligé de rui-

(1) Maillebois au ministre, 30 mai 175G.

(2) Mémoire de M. de Guiol, annexé aux dépêches du 4 juin 1756.

(3) Fort Anstruther, d'après les documents anglais.

ner. M. le maréchal ayant jugé qu'il était trop dangereux de pousser une sappe du village aux glacis , sous le feu d'une multitude de batteries à différents étages et qui toutes se protègent parfaitement, avant d'avoir ruiné les défenses de ces ouvrages, a voulu commencer l'attaque de la place par l'établissement de plusieurs batteries. »

On était, en effet, de plus en plus convaiacu au quartier général qu'il serait impossible de compter sur l'approche par la sape ou par la mine , à cause de la dureté du roc ; il fallait donc entamer le front d'attaque en l'écrasant de projectiles, et brusquer les opérations en terminant par un coup de main.

Une nouvelle apparition de l'escadre anglaise était toujours à redouter, et déjà les autorités maritimes de Toulon manifestaient des craintes pour la flotte de La Gallissonnière que, jusqu'à présent, il avait été impossible de renforcer. Un seul vaisseau , le Hector, serait bientôt eu état de rejoindre; pour en armer d'autres, il fallait enlever les canons des batteries de la côte, et les équipages étaient incomplets, A ces renseignements, le commissaire Portalis ajoutait (1) le résumé suivant : « La marine prétend ici qu'il n'est pas douteux que les Anglais reviendront en force supérieure ; M. de la Gallissonnière n'a d'autre parti à prendre que de céder à la multitude pour ne pas laisser anéantir la marine de la Méditerranée. » Ces prévisions étaient trop conformes à l'esprit qui avait inspiré les instructions de l'amiral français , pour que ce dernier ne se crût pas obligé de les communiquer à Richelieu.

Fort heureusement le commandant en chef qui, à défaut d'expérience et dataient militaires, savait faire preuve de courage, de bon sens et d'énergie, ne se laissa pas abattre; il se dépensa beaucoup, visita constamment les tranchées et encouragea les soldats par sa présence. « Le ma-

(1) Portails au ministre, 8 juin 1756.

Page 1