‹ Louis XV, et le renversement des alliancesChapitre 22 sur 249 · SITUATION DE L'EUROPE · texte numérisé non relu

SITUATION DE L'EUROPE

dres et de Paris , Frédéric prend parti pour la France au sujet des différends d'Amérique, et tout en déclarant se désintéresser d'un conflit qu'il considère comme étranger aux affaires du continent, prodigue aux ministres de Louis XV des avis, qui indiquent à la fois sa sympathie pour la cause française, et son peu d'estime pour le roi et ses conseils.

Brouillé avec la Russie depuis 1750, en fort mauvais termes avec son oncle le roi d'Angleterre qui, depuis le rappel de sir Hanbury Williams dans la môme année, n'entretenait plus de représentant à la cour de Berlin, jaloux à bon droit de Marie-Thérèse dont il suspectait les desseins, objet de l'animosité personnelle des deux impératrices ses voisines, Frédéric n'avait d'autre appui que la France. Mais, tout en admettant les avantages qu'il avait tirés et qu'il pouvait tirer encore de l'entente cordiale avec cette puissance, il supportait mal le ton de protection qu'assumait, presque à son insu, la vieille monarchie des Bourbons vis-à-vis de la royauté fraîchement éclose des HohenzoUern. Il se sentait traité en parvenu, et se vengeait en n'épargnant pas à Louis XV et à son entourage des sarcasmes et des quolibets, dont l'écho retentissait jusque dans les salons de Versailles.

De son côté, le roi Très Chrétien, aussi vaniteux que faible , aussi dévot que débauché , ne pardonnait à Frédéric ni son activité , ni son irréligion affichée ; il lui savait surtout mauvais gré de donner l'exemple de qualités qu'il était forcé de reconnaître , mais dont l'étalage était un reproche constant pour sa paresse et son indécision.

Quel que fût d'ailleurs le sentiment intime des souverains l'un pour l'autre, leurs ministres, tant à Paris qu'à Berlin, étaient absolument acquis à l'alliance des deux pays , et avaient érigé en dogme le principe de l'accord et de l'action commune des deux gouvernements.

Dans le débat soulevé entre la Russie et la Suède , dans

les intrigues relatives à la désignation de l'archiduc François comme roi des Romains et héritier de la couronne impériale, dans les troubles de Pologne, et plus récemment encore dans les démêlés de la Prusse et de l'Angleterre au sujet des bâtiments prussiens capturés pendant la dernière guerre, les cours de Potsdam et de Versailles avaient soutenu la même politique et suivi la même ligne de conduite.

En face de Frédéric et de Louis XV, se dresse la vieille alliance de l'Angleterre, de l'Autriche-Hongrie et des Provinces-Unies, un peu ébranlée à la suite des discussions d'Aix-la-Chapelle et des difficultés relatives à l'exécution du traité des Barrières.

La tradition de la rivalité séculaire entre l'Autriche et la France paraît encore inspirer la diplomatie des deux souverains. Cependant, le cabinet de Vienne fait, depuis quelques années, des tentatives pour se rapprocher de celui de Versailles, et quoique le langage conciliant tenu par M. de Kaunitz pendant son ambassade de Paris n'eût reçu qu'un accueil des plus froids de la part des ministres de Louis XV, il y a lieu de supposer que l'impératrice et l'ancien envoyé, aujourd'hui son véritable premier ministre, sont beaucoup moins hostiles à la France que leurs prédécesseurs. Quelle que soit d'ailleurs la pensée secrète de Marie-Thérèse et de son chancelier, le système anglais prévaut encore à Vienne , où il est chaudement soutenu par l'empereur et par la majorité du conseil ; les représentants à l'étranger de l'Angleterre et de l'Autriche s'entendent au mieux et travaillent à l'unisson.

Les Provinces-Unies, déchues de leur ancienne grandeur, épuisées par la dernière guerre , sont peu disposées à prêter à la Grande-Bretagne un concours qui pourrait les brouiller avec la France. Néanmoins, vers la fin de 1754, l'autorité de la princesse gouvernante, veuve du prince d'Orange et fille du roi George, est prépondérante, et la

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