‹ Louis XV, et le renversement des alliancesChapitre 211 sur 249 · CAPITULATION DES ANGLAIS · texte numérisé non relu

CAPITULATION DES ANGLAIS

quement. Malgré ces échecs partiels, « la division de tous les feux(l) et la combinaison de toutes ces attaques donnèrent à celles de la gauche le temps d'assurer son succès, de façon qu'à la pointe du jour nous pûmes établir 400 hommes dans le fort de la Reine et 200 dans Strugnen et Argyle ».

Les pertes des assiégeants furent considérables : elles s'élevèrent en officiers à 8 tués et 50 blessés , en sous-officiers et soldats à 20i tués et 412 blessés qui appartenaient pour la plupart aux régiments de Vermandois , Hainault , Briqueville et Royal Italien. A cinq heures du matin , le 28, on convint d'un armistice pour l'enlèvement des morts et des blessés. Le même jour, à deux heures de l'après-midi, des officiers de la place vinrent proposer une capitulation , sur les termes de laquelle on se mit bientôt d'accord : le fort Saint-Philippe était remis aux mains des Français, la garnison anglaise obtenait les honneurs de la guerre et devait être embarquée sur des transports français pour être menée à Gibraltar.

Le maréchal était, en effet, trop heureux d'une victoire sur laquelle il avait à peine le droit de compter, et trop inquiet de l'entrée en scène de l'escadre anglaise, pour marchander au général Blakeney les conditions qu'il était , du reste, autorisé à lui faire.

Dans sa dépêche au ministre, Richelieu développe les motifs qui l'ont déterminé à brusquer l'affaire , et s'excuse d'une conduite qui paraissait en contradiction avec les règles de la procédure militaire , pour lesquelles il était de bon ton, au dix-huitième siècle, de professer le plus grand respect.

« J'avais bien des raisons (2) , comme vous croyez bien , Monsieur, de chercher les moyens de pouvoir tenter quel-

(t) Relation officielle adressée au ministre. Archives de la guerre, (2) Richelieu à d'Argenson, 29 juin 1756.

que coup de main, qui pût hâter la fin de ce siège ; et l'arrivée de la flotte anglaise d'un côté, et celle du clair de lune , si contraire aux attaques en pareil cas, me pressaient encore de mettre en œuvre ce que je méditais depuis longtemps, que je n'osais presque dire, parce que le succès devenait comme nécessaire pour la justification. Je vous avais marqué que je comptais déboucher de la Ravale et pousser quelques boyaux de tranchée sur l'ouvrage de Strugnen et de la Reine ; mais ayant fait réflexion qu'une espèce de surprise entrait dans la totalité de mon projet, et que c'aurait été pour ainsi dire désigner le moment de mon attaque, et qu'ainsi il valait mieux partir d'un peu plus loin et trouver les ouvrages dégarnis que de déboucher de plus près et les trouver prêts à me recevoir. Ce raisonnement s'éloigne de la méthode ordinaire, mais il y a des circonstances et des combinaisons qui exigent que l'on s'en écarte pour mieux réussir, »

Des considérations qui avaient décidé le commandant français à donner l'assaut au fort Saint-Philippe, découlaient également le prompt retour du corps expéditionnaire et la mise en sûreté de l'escadre de La Gallissonnière ; aussi l'embarquement des troupes destinées à rentrer en France suivit-il de près la capitulation de la place. Sur les trente bataillons (1) dont se composaient les forces assiégeantes, onze furent laissés dans l'île, sous les ordres de M. de Lannion; les dix-neuf autres, y compris le bataillon d'artillerie, fort éprouvé pendant le siège, partirent, le 5 juillet, sous la protection de l'escadre française, renforcée de deux vaisseaux de ligne, nouvellement arrivés de Toulon. Malgré les sinistres prédictions de la marine, La Gallissonnière avait pu tenir la mer pendant trois mois, et couvrir jusqu'à la fin les opérations de l'armée de terre. Huit jours après le dé-

(1) L'armée, pendant le siège, avait été renforcée de cinq bataillons, y compris un d'artillerie. .

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