‹ Louis XV, et le renversement des alliancesChapitre 212 sur 249 · RENTRÉE A TOULON · texte numérisé non relu

RENTRÉE A TOULON

part des Français , les transports sur lesquels la garnison anglaise devait ôtre rapatriée firent voile pour Gibraltar.

L'amiral Hawke, que nous avons laissé dans la rade de cette forteresse où il était venu remplacer Byng à la tête de la flotte britannique, franchit le détroit, le 10 juillet, avec dix-sept vaisseaux de ligne, se dirigea sur Minorque, rencontra en mer, le 15 juillet, le convoi qui ramenait les Anglais du Port-Mahon , et apprit ainsi la prise de la citadelle. Il n'en continua pas moins sa route, fit son apparition devant le port, le 20 juillet, et resta en croisière autour de l'Ile pendant trois ou quatre semaines.

De leur côté , les troupes de Richelieu , et la division navale qui les escortait, effectuèrent une entrée triomphale à Toulon, le 16 juillet. « Le maréchal, écrit Redmond (1), et tous nos généraux sont débarqués, cette après-midi, sur les trois heures. Jamais il n'y eut un plus beau spectacle que celui de l'escadre arrivant en bataille et une affluence immense dépeuple de tous les côtés. »

M. de Richelieu alla jouir de son succès à Paris, où il n'arriva que le 30 août. « On le trouve maigre , » écrit le duc de Luynes (2), « mais d'ailleurs en bonne santé. On dit qu'il y a eu un grand concours de peuple à sa porte. » Presque tous les officiers généraux de l'armée de Minorque reçurent des récompenses ou de l'avancement. La Gallissonnière ne survécut pas longtemps à sa belle campagne ; il tomba malade pendant son voyage de Toulon à Fontainebleau et mourut le 15 septembre, à Nemours, emportant avec lui les regrets du corps de la marine , qui le regardait comme un officier instruit et expérimenté.

En Angleterre , les premiers avis du combat du 20 mai, qui parvinrent par la voie d'Espagne, furent accueillis avec une émotion douloureuse, que vint accroître, quelques

(1) Redmond au ministre, 16 juillet 1756.

(2) Mémoires d\i duc de Luynes, t. XV, p. 214.

jours après, le rapport de l'amiral Byng. C'est en vain que ce malheureux officier s'attribuait la victoire sur la flotte française, et expliquait l'impossibilité dans laquelle il s'était trouvé de secourir le fort de Saint-Philippe.

La fureur populaire , bientôt surexcitée par la nouvelle de la prise de Mahon, ne connut plus de bornes; Byngfut traité de lâche par toute la presse ; son portrait fut brûlé dans les rues (1); son château fut envahi et pillé par la foule ; des pétitions, venues de toutes les parties du royaume, demandèrent une enquête sur les événements de Minorque et la mise en accusation de l'amiral. Le faible ministère, présidé par le duc de Newcastle, avait trop conscience de la responsabilité qu'il avait encourue en ajournant l'envoi de troupes et de vaisseaux dans la Méditerranée , pour ne pas se sentir visé par ces démonstrations; aussi essaya-t-il de désarmer la vindicte publique en sévissant contre les officiers incriminés.

Le général Fowke, gouverneur de Gibraltar, qui s'était refusé à laisser distraire un bataillon de sa garnison, jugée insuffisante pour la sûreté de la forteresse , fut révoqué et privé de ses grades!

Byng, aussitôt débarqué à Portsmouth, le 26 juillet, fut mis aux arrêts de rigueur, en attendant la réunion de la cour martiale par laquelle il devait être jugé. Absous par elle du crime de lâcheté, il fut déclaré coupable d'avoir, « par néghgence ou mauvaise volonté, quitté le combat, et de n'avoir pas fait les derniers efforts pour prendre et couler bas les vaisseaux qu'il était de son devoir d'attaquer ». En conséquence, il fut condamné à mort, le 27 janvier 1757 (2). Le revirement marqué de l'opinion en faveur de l'amiral, dont l'attitude et la défense avaient

(1) Walpole, t. Il, p. 217.

(2) Voir, sur le procès et la condamnation de Byng, l'intéressante brochure de M. Faucher de Saint-Maurice, Le Contre-amiral Byng devant ses juges et devant Vhistoire. Mémoires S. R. Canada.

OCCUPATION DES PLACES Df: LA CORSE. 461

été pleines de dig-nité et de franchise , la recommandation à la clémence du roi signée par tous les membres de la cour martiale, l'intervention même de la Chambre des communes, ne purent le sauver. Le vieux George fut inflexible, et la sentence fut exécutée à bord du Monarque, dans la rade de Spithead, le 14 mars 1757.

Comme suite à la prise de Port-Mahon, le gouvernement de Louis XV se détermina à mettre l'Ile de Corse à l'abri d'une tentative de l'Angleterre, Il était à craindre, en effet, que cette puissance ne cherchât à s'indemniser de la perte de Minorque par l'occupation de la Corse , entreprise d'autant plus facile que la république de Gènes, souveraine de File , affaiblie par la dernière guerre , luttait avec difficulté contre ses sujets insulaires constamment en révolte.

A cette fin, la cour de Versailles entra en négociation avec les Génois, et acquit par voie de traité (1), et moyennant une augmentation sensible des subsides annuels consentis à la république, le droit de loger des garnisons dans les citadelles de Calvi, Saint-Florent et Ajaccio. La cession aux Français des principales places fortes de l'Ile , vers la fin de 1756, fut la première de la série de mesures qui aboutirent, quelques années plus tard, à la réunion de la Corse à la France.

(1) Traité de Conipiègne, 4 août 1756. Flàssan, Diplomatie française, t. VI , page 69.

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