ACTION DE M"'" DE POMPADOUR. 4C
ministre, de prendre connaissance des procès-verbaux des conseils tenus à Vienne, pour comprendre la difficulté, l'impossibilité même, d'obtenir en fait cette rapidité de décision qu'on ne cessait de réclamer en paroles.
L'Autriche, tout en demandant le concours de la France, cherchait à maintenir cette dernière dans le rôle de simple auxiliaire. Prête à accepter l'appui militaire et les subsides financiers de son alliée , elle voulait conserver la haute main sur les opérations de tout ordre et sur la distribution des sommes encaissées. C'est ainsi que nous verrons le cabinet de Vienne observer d'un œil jaloux l'initiative prise par le ministre Rouillé pour se rapprocher de la Russie , cacher avec soin les pourparlers engagés avec la czarine (1), et décourager les velléités qu'on montrait à Versailles de s'aboucher avec la Saxe.
Si pour des motifs divers le chancelier de l'impératrice devait mettre quelque réflexion , sinon même quelque lenteur, dans sa diplomatie , la temporisation était trop conforme au caractère, et disons-le, en la circonstance aux intérêts du gouvernement de Louis XV, pour que celui-ci n'éprouvât pas quelques doutes sur le dénouement d'une affaire dont les dangers devenaient de jour en jour plus apparents. Certes, on reconnaissait à Versailles la nécessité de remplacer l'alliance prussienne par un accord intime avec l'Autriche; mais on ne se dissimulait plus que la coopération , telle que la désirait Marie-Thérèse , entraînerait la France dans une guerre de terre dont la charge, ajoutée à celle du conflit maritime déjà engagé, serait bien lourde pour les forces de la nation.
Cependant, l'opinion du roi et de M'"' de Pompadour était trop favorable au nouveau système pour qu'on ne s'y ralliât pas dans l'entourage royal. C'est à qui, parmi les anciens partisans de Frédéric, montrera le plus de zèle
(1) Stahremberg à Kaunitz, 18 juin 1756. Archives de Vienne.
pour l'entente cordiale avec Fimpératrice. Le maréchal de Belle-Isle, resté naguère le dernier défenseur du renouvellement avec Ja Prusse , est en relations constantes avec Stahremberg, et écrit (1) aux maréchaux autrichiens Neipperg et Brown pour se féliciter de l'union des deux pays.
A partir du traité du l"'" mai, nous trouvons une modification essentielle dans la correspondance de l'envoyé autrichien (2). Plus sûr du terrain, plus confiant en raison du succès obtenu, il cherche à dissiper les soupçons et la défiance que laissent deviner encore les lettres de Vienne ; fort de l'appui de M"^"^ de Pompadour et de ses amis , il ne doute plus de la réussite éventuelle des projets de sa cour, et déploie toute son habileté à obtenir le concours de la France, qu'il considère comme assuré, aux conditions les meilleures pour les intérêts qui lui sont confiés. Il est fâcheux pour l'impartiahté de l'historien de n'avoir pour source principale de ses renseignements que les dépèches autrichiennes, et de ne pouvoir contrôler ces dernières par des pièces françaises; malheureusement, il n'existe dans les archives des Affaires Étrangères que peu ou point de documents relatifs à cette négociation, qui fut traitée directement, et la plupart du temps verbalement, à Paris ou à Compiègne. Dans ses Mémones, Bernis ne consacre que quelques pages aux conférences de l'été de 1756, et se retranche derrière le secret d'État pour ne pas entrer dans des détails qu'il eût été utile de connaître.
Quoi qu'il en soit du mérite des diplomates en présence, si nous nous en rapportons aux notes échangées, il est évident que Stahremberg sut conserver dans la discussion postérieure l'avantage qu'il avait remporté lors de la conclusion du traité de Versailles. 11 amena peu à peu le
(1) stahremberg à Kaunilz, 18 juin 1756.
(2) Stahremberg avait été promu au rang d'ambassadeur à l'occasion de la ratification du traité de Versailles. Il reçut sa nomination en septembre 1756.