‹ Louis XV, et le renversement des alliancesChapitre 215 sur 249 · BERNIS MAINTENU A PARIS · texte numérisé non relu

BERNIS MAINTENU A PARIS

gouvernement de Louis XV à accepter ce qu'il avait tout d'abord repoussé, à augmenter ses sacrifices tout en se contentant de bénéfices de plus en plus réduits , à oublier l'Angleterre, le principal objet des hostilités engagées, pour assumer un rôle capital dans la lutte de l'impératrice contre le roi de Prusse.

Dans le récit de l'Autrichien , les noms de M""' de Pompadour et de l'abbé de Bernis reviennent sans cesse. Contrairement à ce qui s'était passé pour les débats antérieurs , c'est la favorite qu'il voit à chaque moment ; c'est elle qui, d'accord avec son protégé, se charge de surmonter les résistances , de faire disparaître les obstacles. « M"'' de Pompadour a ajouté, écrit-il (1) à Kaunitz, qu'elle me répondait de MM. de Machault, de Belle-Isle, de Moras et de Bernis; que ce dernier était le seul qui fût pleinement instruit des intentions du roi au sujet de notre affaire, et en qui le roi avait mis à cet égard toute sa confiance; que M. Rouillé se laissait un peu trop conduire par l'abbé Làville; que celui-ci avait l'ambition de vouloir faire le ministre et le négociateur, tandis qu'il n'était que commis

Elle m'a dit qu'elle me verrait en particulier toutes les fois que je le demanderais, qu'il fallait se parler souvent, s'expliquer tout avec franchise, et surtout ne pas perdre de temps. »

Ainsi qu'on nous l'apprend, l'abbé de Bernis était resté l'âme de l'affaire. L'intimité avec la marquise, le crédit dont il jouissait auprès du roi, la connaissance de questions dont il avait suivi toutes les phases et, il faut l'avouer, le désir qu'il laissait trop paraître de faciliter, par des concessions, l'achèvement d'une œuvre dont il voulait s'attribuer la gloire, tout l'indiquait comme persona gratissima au cabinet de Vienne; aussi Stahremberg fitil tous ses efforts pour le maintenir à Paris et pour lui

(1) Slahremberg à Kaunitz, le 18 jnin 1756.

faire conserver la conduite des pourparlers. Le résultat visé fut obtenu, grâce à un échange d'ambassades entre Bernis et d'Aubeterre, Ce dernier alla prendre possession du poste de Madrid, tandis que Bernis, désigné pour le remplacer en Autriche , continua en France les conversations diplomatiques.

Malgré ces symptômes rassurants, le grand projet n'avança guère pendant les mois de mai et de juin . Les dispositions étaient excellentes de part et d'autre ; mais plus on pénétrait dans les détails de l'arrangement, plus on s'apercevait de la divergence qui existait entre les vues des deux cours. Alors qu'à Versailles on espérait se faire payer du simple abandon du roi de Prusse par un accroissement notable de territoire dans les Flandres , à Vienne on exigeait une coopération militaire, des subsides financiers, et comme compensation à ces charges, on n'offrait que l'établissement de l'infant dans les Pays-Bas; tout au plus consentirait-on à laisser la France s'annexer quelques cantons de la frontière ; encore ces concessions devraient elles dépendre de la reprise définitive par l'Autriche de ses anciennes provinces.

Ce dernier point était celui qui tenait le plus au cœur de l'impératrice. Le cabinet de Vienne réclamait, avant toute discussion sur les avantages à faire à la France, une entente préalable , d'après laquelle toutes les stipulations relatives aux Pays-Bas seraient subordonnées à son entrée en jouissance indisputée de la Silésie et du comté de Glatz. (( Nous avons eu, écrit Stahremberg (1), l'abbé de Bernis et moi, quatre conférences consécutives de cinq à six heures chacune sur ce seul objet. Dès la première, nous avons été d'accord pour le fond. Toute la difficulté n'a roulé que sur la forme. » Enfin, « on se décida à me remettre une note , par laquelle , tout en refusant une déclaration

(1) stahremberg à Kaunitz, 3 juillet 1756.

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