CONFERENCES DE COMPIÈGNE
nistère » lui font prévoir la presque impossibilité d'obtenir le concours armé de la France contre le roi de Prusse, « On me déclare, écrit-il (1), que le roi ne veut, ni ne peut entrer en guerre offensive contre le roi de Prusse... qu'autre chose serait si le roi de Prusse venait à nous attaquer et à nous mettre, par là, dans le cas de demander des secours défensifs; mais que pour l'offensive il était impossible de nous donner des troupes, que même nous n'en avions nul besoin, mais que l'on nous donnerait des secours puissants en argent , et nous procurerait les moyens d'avoir autant de troupes auxiliaires qu'il nous en fallait ». L'état des esprits à la cour française était très exactement dépeint par le mot de Bernis : « Faites que le roi de Prusse nous donne bien des sujets de nous plaindre de lui. »
Aux ménagements que le roi Louis XV voulait garder vis-à-vis de son ancien allié, venait s'ajouter la crainte si souvent formulée de voir grandir l'influence du ministre de la guerre. Le personnage ainsi visé paraissait cependant tout à fait rallié à la nouvelle politique, « M. d'Argenson me fait beaucoup d'accueil, écrit Stahremberg, je le vois assez fréquemment, mais de façon à ne pas pouvoir donner d'ombrage aux gens qui ne sont pas bien avec lui. »
Le séjour de Compiègne fut mis à profit, et dans sa dépêche du 20 août, l'ambassadeur de Marie-Thérèse put entonner un véritable chant de triomphe : « Me voici enfin parvenu au point où nous désirions depuis longtemps d'amener la cour où je réside ; elle s'est expliquée sur le fond de ses intentions, elle a répondu à toutes nos propositions, elle a ajouté à ses réponses tous les éclaircissements que j'ai demandés, et elle nous a fait connaître sans réserve qu'elle est prête à entrer non seulement dans les vues que nous lui avons proposées, mais qu'elle en dé-
(1) stahremberg à Kaunitz, 18 juillet 1756.
sire, en effet, et, à ce qu'il nous parait, sincèrement la réussite. »
Un si beau résultat n'avait pas été obtenu sans peine. Comme réponse aux quatre propositions de l'ambassadeur, Bernis avait apporté un mémoire, discuté en conseil et approuvé par le roi , dans lequel on reproduisait tous les arguments qu'on opposait depuis six mois à l'affaiblissement de la Prusse et à la coopération militaire contre cette puissance. « On déclarait à la fin , raconte Stahremberg, que si Sa Majesté l'Impératrice y persistait, môme sans être attaquée, on se déterminerait pareillement à y entrer; mais les demandes d'avantages et de sûretés que l'on faisait pour l'un et l'autre cas étaient si fortes, et les offres de concours si obscures, si peu détaillées et si peu considérables, que jamais il n'eût été possible de poursuivre la négociation sur ce pied, et que je vis bien qu'il était temps d'user de vigueur et de parler sur un autre ton. Je déclarai donc à l'abbé de Bernis qu'il ne m'était pas possible d'accepter son mémoire. »
Devant ce refus, Bernis se décida à en référer au conseil et à prendre les nouveaux ordres du roi. Après un intervalle de temps qui ne fut pas perdu pour l'habile Autrichien, les entretiens reprirent de plus belle. « Nous eûmes en conséquence, écrit-il (1), l'abbé de Bernis et moi, pendant tout le reste du séjour de Compiègne, presque tous les soirs des conférences réglées, où nous procédâmes en forme et méthodiquement à la discussion des points à convenir entre les deux cours. »
Comme conclusion du travail commun , on dressa un tableau des objets acceptés de part et d'autre, et un résumé des questions où l'entente n'était pas intervenue, avec un court exposé des prétentions des parties.
Une analyse rapide de ces deux pièces nous permettra
(1) Stahremberg à Kaunitz, 20 août 1756.