‹ Louis XV, et le renversement des alliancesChapitre 219 sur 249 · AMOINDRISSEMENT DE LA PRUSSE · texte numérisé non relu

AMOINDRISSEMENT DE LA PRUSSE

l'Autrichien, m'ont fait entendre que ce serait ce qui pourrait nous arriver de pis, puisque cela augmenterait le crédit et l'influence du seul homme dont nous avions à nous méfier ici, qui est M. d'Argenson. Pour moi, je doute fort que son crédit puisse l'emporter sur celui de M™" de Pompadour, qui est parvenu au plus haut degré; mais comme il est son ennemi déclaré, elle a raison de s'en méfier... Je crois que nous pourrons, au moyen des sommes et des troupes subsidiées que la France nous fournira, en y ajoutant encore le corps d'observation auquel on a déjà consenti, nous relâcher sur notre demande. »

Malgré les objections formulées, la cour de Versailles, croyait l'ambassadeur, consentirait à l'amoindrissement de la Prusse si un traitement analogue était stipulé pour le roi d'Angleterre et « la nation britannique, non seulement avec le consentement, mais aussi parle concours efficace de Sa Majesté Impériale ». Par « concours efficace » le négociateur français entendait la remise des villes maritimes de la Flandre, et la fermeture aux vaisseaux anglais des ports de Trieste, de Fiume et de toute la Toscane. Mais la cour de Vienne, très désireuse d'amener Louis XV à se prononcer ouvertement contre le roi de Prusse, ne voulait en aucune façon se départir de l'attitude de neutralité qu'elle avait observée vis-à-vds de la Grande-Bretagne. Aux yeux de Marie-Thérèse et de ses conseillers , la réciprocité avait des limites qu'il ne fallait pas franchir.

D'autre part, pour l'action contre la Prusse, on devrait se concerter avec les alliés appelés à l'œuvre commune, et parmi lesquels, à côté de la Russie, de la Saxe, de la Suède, de l'électeur Palatin, de la Bavière dont on se croyait sûr, on eût voulu voir figurer le Danemark et même la Hollande.

Dans les pourparlers à engager ou à continuer avec ces gouvernements, le cabinet de l'impératrice tenait à revendiquer l'initiative et à conserver la direction. Le débat

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devenait fort délicat; aussi Stahremberg enregistra- t-il avec satisfaction le dire de Bernis, d'après lequel le cabinet de Versailles s'en remettait à celui de Vienne du soin de traiter avec les puissances qu'il s'agissait de faire entrer dans la ligue contre le roi de Prusse. « Je crois, écrit-il, que nous ne pouvons pas désirer mieux que de rester les maîtres des différentes négociations à entamer avec les princes qui doivent prendre part à notre concert. C'est le vrai moyen d'assurer la réussite de l'entreprise, de rendre immanquable l'affaiblissement du roi de Prusse, et d'obtenir les points de convenance que nous avons en vue. Il s'agira seulement que la France nous seconde et appuie nos négociations lorsqu'elles seront entamées; cela sera beaucoup mieux que si elle voulait y prendre part immédiatement. »

Il était d'autant plus important de se réserver le premier rôle, qu'à Paris on était très peu fixé sur les intentions de la Russie, le plus considérable des nouveaux coalisés, avec laquelle la France venait de renouer des relations diplomatiques. « Je me suis bien gardé jusqu'ici, dit Stahremberg, de faire apercevoir aux ministres que la Russie eût en vue de se procurer, au moyen de l'entreprise projetée, une acquisition aussi considérable que l'est celle de la Courtaude . On croit que tout ce qui pourrait l'engager dans cette guerre serait l'appât des subsides et la jalousie contre le roi de Prusse. L'abbé de Bernis et le maréchal de Belle-Isle m'ont dit néanmoins, à plusieurs reprises, qu'ils ne comptaient pas que ma cour eût dessein de procurer des avantages en Allemagne à la Russie, et qu'elle devait connaître trop bien ses intérêts pour qu'elle pût penser à augmenter la puissance de cette dernière cour en Allemagne. J'ai répondu simplement qu'il n'était nullement question de telle chose. »

L'impératrice était prête à effectuer le payement de subsides à Pétersbourg à la condition d'en recevoir le mon-

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