‹ Louis XV, et le renversement des alliancesChapitre 220 sur 249 · RÉSUMÉ DE LA NÉGOCIATION · texte numérisé non relu

RÉSUMÉ DE LA NÉGOCIATION

tant de Paris. Il en serait de même de la cour de Dresde pour laquelle son envoyé, M. de Vitzthum, sollicitait un secours financier. « J'aurais été bien aise, écrit Stahremberg, d'épargner en tout ou en partie ce qu'il faudra donner à la Saxe, et d'obtenir que la France s'en charge, mais je n'y ai pas réussi. »

Dans la discussion du concours pécuniaire qui serait donné à l'impératrice , l'ambassadeur avait eu un succès inespéré. « Nous sommes sûrs de 12 millions de florins par an... Si l'entreprise réussit, on ne nous redemande rien; si elle venait à manquer, on consent à perdre la moitié des

sommes avancées Ces concessions sont énormes et

surpasseront, à ce que j'espère, l'attente que Leurs Majestés s'étaient faite. J'étais autorisé à me contenter de huit millions et à consentir à la restitution de la totalité des sommes avancées. »

Il était surtout essentiel, au point de vue autrichien, de ne faire aucune remise de territoire, même provisoire, comme garantie des subsides. « Si elle (la France) , écrivait l'envoyé , était sûre d'obtenir à titre de sûreté ou autre une partie des Pays-Bas, sans que le roi de Prusse fût écrasé, elle pourrait nous abandonner au milieu de l'entreprise, et c'est ce'qu'il faut prévenir. »

En définitive, à l'époque qui nous occupe, à la fin d'août 1756, c'est-à-dire quelques jours avant l'invasion de la Saxe par Frédéric, avant, par conséquent, le commencement de la guerre de sept ans, le gouvernement de Louis XV admettait la restitution de la Silésie , acceptait , sinon en termes formels au moins d'une façon implicite, l'amoindrissement ou le partage de la Prusse, promettait d'y concourir avec un corps de 30,000 auxiliaires et par des subventions en argent. Il se liait les mains en s'interdisant toute paix séparée avec l'Angleterre, et s'imposait pour toute la durée de la guerre continentale le lourd fardeau des hostilités maritimes. Il s'engageait, en outre, à réunir et

à entretenir sur le Rhin une armée d'observation considérable.

En compensation des grosses charges qu'il assumait, le roi obtenait pour son gendre un établissement dans les Pays-Bas, et pour sa couronne l'acquisition de cinq ou six villes frontières sans revenus ni territoires , sur la désignation desquelles on ne s'était pas entendu. Le résultat était, comme on le voit, des plus minces pour la France.

Il est difficile de concilier les assertions du cardinal de Bernis, dans ses Mémoires, avec les renseignements précis et détaillés que nous venons de tirer des dépèches et surtout des notes expédiées par Stahremberg à sa cour. Bernis déclare qu'il obligea (1) « le ministre impérial à consentir que tous nos arrangements offensifs seraient subordonnés au cas unique où le roi de Prusse romprait le

premier la paix jurée à Aix-la-Chapelle On voit par là,

ajoute-t-il, combien le roi a été juste et honnête envers Sa Majesté Prussienne. »

Nous aurons à nous expliquer sur la conduite de Frédéric, mais en attendant nous ne pouvons accepter comme mérité le brevet de loyauté que revendique la négociateur français pour son monarque.

Sur un autre point de la discussion, le désaccord est encore plus accusé. En parlant des conférences de Compiègne, Bernis s'exprime dans les termes suivants (2) : « Nous voulions que cette cour renonçât à jamais à l'alliance de l'Angleterre; après bien des difficultés, j'obtins cette renonciation. »

De la concession ainsi arrachée , il n'est pas dit un mot dans les pièces autrichiennes. Il est à constater, d'ailleurs , que, pendant tout le cours des pourparlers, la cour de Vienne se refusa toujours à prendre vis-à-vis de l'Angle-

(1) Mémoires de Bernis, t. I, page 285.

(2) Mémoires de Bernis, t. I, page 287.

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