‹ Louis XV, et le renversement des alliancesChapitre 23 sur 249 · SITUATION DE L'EUROPE · texte numérisé non relu

SITUATION DE L'EUROPE

république passe encore pour la lidèle amie de l'Angleterre.

En dehors de ces groupes bien accusés, les autres nations européennes se tiennent dans une attitude de neutralité expectante.

L'Espagne, malgré les liens de parenté qui existent entre le roi Ferdinand et le chef de la maison de Bourbon, s'est rapprochée depuis quelque temps de l'Autriche, naguère son ennemie, en signant avec elle et avec la Sardaigne le traité d'Aranjuez, par lequel les parties contractantes s'étaient accordé une garantie réciproque de leurs possessions en Italie. La disgrâce d'Enseîiada, chaud partisan de l'alliance française, et le crédit grandissant du général Wall (1), ancien ambassadeur à Londres, ne laissent aucun doute sur les sentiments de l'Espagne à l'égard de l'Angleterre. La reine (2), maîtresse absolue du cœur et de l'esprit de son faible époux, est d'accord avec les ministres, pour rester sur la réserve et pour refuser tout appui à la branche aînée de la famille royale.

Au nord de l'Europe, la Russie, qui avait rompu toutes relations avec les rois de Prusse et de France, conserve, au contraire, d'excellents rapports avec l'Angleterre, dont elle apprécie les subsides, et vit en commerce d'amitié étroite avec l'Autriche-Hongrie , à laquelle la rattachent l'identité de la politique suivie à l'égard de la Porte Ottomane, et le sentiment commun de haine que les deux impératrices ont vouée au roi de Prusse. La population et l'étendue de ses Etats, le pouvoir absolu de la czarine, eussent donné à la puissance du Nord une influence plus grande sur les événements contemporains, si la versatilité paresseuse d'Elisabeth , la mauvaise organisation des forces

(1) Don Ricardo Wall, ambassadeur en Angleterre, puis ministre d'État en 1754, à la mort de Carvajal.

(2) Maria-Barbara, infante de Portugal, mariée le 19 janvier 1729 à l'infant don Ferdinand, roi d'Espagne.

de l'Empire, le délabrement des finances, la corruption de l'administration, n'avaient pas atténué l'effet des résolutions de la cour de Pétersbourg et compromis les résultats qu'elle pouvait tirer de ses ressources. Bestushew, le grand chancelier, dont l'autorité a été si longtemps suprême auprès de sa souveraine, malgré le déclin de son prestige , est resté directeur de la politique étrangère de la Russie.

La Pologne , sans gouvernement stable , sans argent et sans armée, déchirée par les factions et dominée par sa formidable voisine, est déjà en pleine décadence. Quant aux autres cours du Nord, la Suède et le Danemark, elles se rattachent à l'alliance franco- prussienne; mais la faiblesse de ce dernier État, les luttes intestines engagées entre le roi de Suède et le sénat du royaume, ont fort amoindri leur action sur les affaires du continent.

Quoique encore maîtresse des provinces danubiennes et de toutes les rives septentrionales de la mer Noire, la Porte a perdu la puissance d'expansion qui la rendait encore si redoutable au dix-septième siècle. La bravoure et le fanatisme de ses troupes ne compensent pas l'infériorité que leur valent l'indiscipline des soldats et l'insuffisance des chefs; les révolutions constantes de palais, la vénalité des grands vizirs qui se succèdent au pouvoir, ont enlevé à la politique ottomane la suite dans les décisions , indispensable aux relations extérieures. L'influence française, prépondérante à Constantinople, cherche à entretenir les sentiments de rivalité qui existent entre la Turquie et ses ennemis naturels, l'Autriche et la Russie. A l'époque qui nous occupe, la Porte pouvait être considérée comme l'alliée du roi très chrétien.

L'inspection que nous venons de faire de l'échiquier européen, tel qu'il se présentait au milieu du dix-huitième siècle, nous permettra d'aborder en connaissance de cause le récit des négociations qui transformèrent peu à peu en

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