‹ Louis XV, et le renversement des alliancesChapitre 221 sur 249 · BERNIS, BELLE-ISLE ET ROUILLÉ · texte numérisé non relu

BERNIS, BELLE-ISLE ET ROUILLÉ

terr0* l'attitude hostile qu'elle demandait et qu'elle finit par imposer à la France vis-à-vis de la Prusse. En fait, la rupture entre le roi George et l'impératrice n'eut lieu que dans le courant de 1757, longtemps après le commencement de la guerre.

Stahremberg se déclara très satisfait de l'abbé de Bernis, des ministres français et du maréchal de Belle-Isle. « Je ne puis assez me louer » dit-il en parlant de ce dernier, « du zèle qu'il marque pour la prompte et bonne réussite de notre affaire il parait être dans la persuasion que ceci ne peut guère manquer d'engager une lutte directe entre la France et la Prusse. »

Rouillé, par contre, est l'objet des critiques habituelles : « C'est un homme sur lequel il est impossible de compter, et qui les trois quarts et demi du temps fait tout le contraire de ce qu'il devrait faire. » Nous aimerions à croire que les hésitations du ministre des Affaires Étrangères et de son collaborateur l'abbé La Ville, étaient inspirées par un sentiment patriotique. Peut-être ne voyaient-ils pas sans émotion le gouvernement de leur pays s'engager dans une voie dont les dangers étaient plus apparents que les avantages.

Il est impossible de savoir, et inutile de conjecturer, de quelle façon et à quel moment auraient abouti les négociations des cours de Vienne et de Versailles , si le roi de Prusse, par une de ces décisions soudaines et imprévues qui étaient la caractéristique de sa politique, n'eût envahi les États de l'impératrice, et, en assumant le rôle d'agresseur, n'eût fait disparaître les derniers scrupules de Louis XV. Pendant qu'on discutait à Paris, on agissait à Berlin, et c'est Frédéric qui tranchera le nœud de la situation.

Même après le rappel de Nivernais, et pendant le printemps de 1756, le roi de Prusse ne semble pas avoir perdu l'espoir de renouveler son alliance défensive avec la France;

tout au moins se croit-il assuré de conserver la neutf alité dans la guerre que venaient enfin de se déclarer les puissances rivales. Sans doute, dans sa correspondance diplomatique, il ne cherche pas à dissimuler les inquiétudes que lui inspirent les intrigues de la cour de Vienne à Paris et à Pétersbourg ; mais , tout en communiquant aux ministres anglais les nouvelles qu'il reçoit à ce sujets il ne se fait aucune illusion sur les sentiments du roi George à son égard. Il ne se soucie guère d'une intimité à laquelle on paraît ne pas tenir à Londres , et dont le contrecoup eût été une rupture définitive avec le cabinet de Versailles.

L'envoyé que Sa Majesté Britannique se décida enfin à accréditer auprès du roi, M. Mitchell, ne se rendit à Berlin qu'au commencement du mois de mai; et ce fut seulement à partir de cette époque que les rapports entre les nouveaux alliés prirent un tour amical. Ce résultat fut dû dans une large mesure aux qualités et à la conduite du représentant de George II. Dès la première entrevue, la franchise, la loyauté, l'indépendance de l'Anglais produisirent sur l'esprit du sceptique monarque une impression favorable, que vinrent confirmer au cours des événements l'estime et l'admiration professées pour le génie et la personne de Sa Majesté Prussienne.

Mitchell se montra partisan ardent de l'union des deux pays : il mit toute l'énergie de son caractère et la passion de son tempérament au service de la cause à laquelle il s'était voué. Devenu bientôt le confident de Frédéric, il employa l'autorité qu'il puisait dans cette confiance pour peser sur les conseils encore hésitants du gouvernement britannique, et pour maintenir intacts les liens d'une entente qu'un homme moins convaincu eût laissés péricliter. Sa correspondance (1) avec sa cour éclaire d'un jour des

(1) La correspondance de Mitchell avec le gouvernement de Londres, et

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