MITCHELL A BERLIN
plus vifs la pensée et les résolutions du roi de Prusse : elle constitue un document précieux pour l'histoire de la guerre de sept ans.
Mitchell arriva à Berlin le 8 mai, fit dès le lendemain une visite à Podewils, qui le décrit comme « un homme franc et sincère, assez uni et ouvert, et plein de bonne volonté. Il parle assez bien, mais un français très fort, prononcé à l'anglaise ».
Le 11 et le 12 mai, l'envoyé du roi George eut ses premières audiences à Potsdam. D'après la dépêche adressée à Holdernesse (1) , Frédéric avait affirmé « qu'il était sûr de la paix en Allemagne pendant l'année en cours : il en répondait sur sa tête; » si les « chipotages » engagés entre la France et l'Autriche amenaient la guerre , il ferait cause commune avec l'Angleterre contre ces deux puissances. Cependant, la cour de Pétersbourg lui inspirait des inquiétudes. « Mais, s'est-il écrié, êtes-vous sûrs de la Russie? » Mitchell lui répondit que le roi son maître le croyait.
La conversation roula sur les forces qu'il serait possible de mettre en ligne dans le cas d'hostilités qui pourraient éclater à l'occasion de la mort du landgrave de Hesse (2), sur les clauses probables du traité qu'on négociait à Paris avec l'Autriche , sur l'attitude de la Suède et des petites cours allemandes, sur les événements d'Amérique et sur les chances de voir le conflit se terminer par la paix ou se transformer en mêlée générale.
Dans une seconde entrevue, qui eut lieu le 24 mai (3), le roi de Prusse chargea son interlocuteur de rassurer la cour
avec ses collègues accrédités auprès des cours d'Europe, se trouve aux Archives du British Muséum.
(1) Mitchell à Holdernesse, 14 mai 1756.
(2) Le prince héritier de Hesse-Cassel s'était converti au catholicisme; et malgré les promesses qu'on lui avait fait signer, les princes protestants de l'Allemagne se montraient très inquiets sur les événements qui pourraient se produire à la mort de son père.
(3) Mitchell à Holdernesse, 27 mai 1756.
de Saint-James au sujet de la mission du duc de Nivernais; il expliqua l'accueil fait à l'envoyé français par le désir de ramener l'entente entre l'Angleterre avec laquelle il venait de se réconcilier , et la France avec laquelle il ne voulait pas se brouiller.
La communication officielle des conventions de Versailles, qui eut lieu à Berlin le 13 juin, ne vint pas troubler la tranquillité du roi. Les rapports de Paris étaient favorables; Knyphausen mandait (1) que le traité était considéré comme devant empêcher tout trouble sur le continent. Il dépeignait le mécontentement du ministre d'Argenson, et attribuait, comme par le passé, la réussite des pourparlers avec l'Autriche au désir de M""^ de Pompadour de maintenir Louis XV dans la dissipation, « dont une guerre de terre l'aurait infailliblement tiré. »
C'était sans doute sous l'impression de ces avis, que Frédéric pouvait écrire à M. de Klinggraeffen (2), son représentant à Vienne , que « la paix en Allemagne se conservera dans l'année présente, et ni la France, ni l'Autriche ne remueront ».
A peine une semaine s'était-elle écoulée depuis l'expédition de ce courrier, qu'un revirement complet se produisit dans l'esprit du roi. Sa quiétude parait avoir été ébranlée par des bruits de mouvements de troupes en Moravie, et surtout par les nouvelles de Russie. Mitchell fut le premier à sonner l'alarme.
Très optimiste d'abord sur les intentions de la cour du Nord, l'envoyé anglais se décida (3), « en honnête homme et en ministre bien intentionné qui ne devait rien celer au roi », à avertir le ministre prussien Finkenstein,
(1) Knyphausen à Frédéric, 7 juin 1756.
(2) Frédéric à Klinggraeffen, 15 juin 1756. Correspondance politique, t. XII, page 416.
(3) Rapport de Finkenstein, 18 juin 1756. Correspondance politique, t. XII, page 426.