PREPARATIFS DE GUERRE
persuadé que personne ne pourra m'accuser d'en être la cause ». A la même date, il envoie l'ordre de rentrer au feld-maréchal Keith (1), qui faisait une cure aux eaux de Carlsbad : « L'air de Carlsbad devient malsain pour les Prussiens; vous ferez tous, tant que vous êtes, bien d'être de retour, le 10 du mois qui vient. »
La probabilité d'un conflit européen devait se traduire , pour un esprit aussi résolu et aussi prompt que celui du roi de Prusse, par l'ouverture d'hostilités dont il n'hésiterait pas à assumer l'initiative. Aussi prend-il les dispositions pour le rappel des soldats en congé, pour la mobilisation de son armée, et pour la campagne qu'il va entreprendre. Un officier de confiance, le général Winterfeldt, reçoit la mission, sous le prétexte d'un voyage d'agrément, de reconnaître les défilés des montagnes qui séparent la Saxe de la Bohême, et de visiter les positions de Pirna et de Kœnigstein, où devait se faire la concentration des troupes du roi de Pologne. Au maréchal Lehwaldt (2), qui commandait dans la Prusse royale, Frédéric donne les instructions les plus détaillées pour le cas d'une invasion des Russes ; non seulement il lui trace un plan d'opérations, mais il prévoit la défaite de l'armée moscovite et lui remet pleins pouvoirs pour traiter avec le vaincu. Si la victoire est complète, si elle coïncide avec un succès que le roi aura remporté sur les Autrichiens , le négociateur prussien devra exiger, en plus d'un engagement de neutralité de la part de la cour de Pétersbourg, la cession de tout ou partie de la Prusse occidentale (3), sauf compensation à accorder à la Pologne sur le territoire russe.
(1) Frédéric à Keith, 23 juin 1756. Cet officier général, réfugié écossais, après être resté longtemps au service de la Russie, était entré dans l'armée prussienne.
(2) Instructions au maréchal Lehwaldt, 23 juin 175G. Correspondance politique, t. XII , pages 448 et suiv.
(3) La Prusse occidentale appartenait à la Pologne et séparait la Prusse royale des autres possessions de la maison de Hohenzoliern.
Vers cette date , eut lieu aussi la conférence avec le maréchal Schwerin, les généraux de Rochow et Winterfeldt (1), dans laquelle le roi exposa les dangers qui menaçaient la Prusse et demanda leur avis sur le parti à prendre. Sctiweria et Rochow, d'abord hostiles à une agression, furent convaincus par la lecture des pièces que le roi leur montra, et Schwerin déclara que si la guerre était inévitable, on devait la faire aussitôt et débuter en s'emparant de la Saxe.
Mais il ne suffisait pas de s'occuper des mesures intérieures, il fallait aussi savoir à quoi s'en tenir sur le rôle que le seul allié de la Prusse, l'Angleterre, entendait jouer dans la lutte probable. Mitchell fut prié de sonder sa cour « sur les secours en hommes , vaisseaux et argent » que celleci pourrait mettre à sa disposition. L'envoyé, en communiquant à Londres cette requête, se garde bien de raconter les confidences qu'il vient de faire à Finkenstein sur la situation à Pétersbourg, mais il indique le changement de langage de Frédéric. « Je crois, ajoute-t-il (2), que le roi de Prusse admet que nos affaires en Russie sont en si mauvais état qu'il sera très difficile, sinon impossible, de les rétablir... Je lui ai caché avec soin une partie de la dépêche de sir Charles Williams , en date du 5 juin, et j'ai essayé d'atténuer le mauvais état de nos affaires là-bas; mais le roi de Prusse , qui pense à tout , m'a fait dire par son ministre que si nous n'avions pas payé les subsides dus à la Russie d'après le traité, nous ferions bien de ne faire le versement qu'après nous être assurés de leur bonne foi, parce qu'ils pourraient fort bien employer notre argent pour lui faire la guerre . »
La question sur les intentions de la cour de Saint-James ne laissa pas d'embarrasser Newcastle et ses collègues,
(1) Iluschberg. Les trois années 1756-57-58. Introduction, page lxxv, . (2) Mitchell à Holdernesse , 22 juin 1756.