CONSEILS DE PRUDENCE DE I. ANGLETERRE
qui commençaient à leur tour à être fort alarmés de la tournure des événements à Pétersbourg. « Mes dépêches précédentes, écrit Holdernesse (1), ont été basées sur l'hypothèse que la paix de l'Europe, et celle de l'Allemagne en particulier, ne serait pas troublée pendant cet été, et que nous aurions le temps de nous concerter sur les mesures à prendre, pour déjouer les projets que la France et ses alliés pourraient entretenir pour l'année prochaine. Mais si les nouvelles que Sa Majesté Prussienne a reçues se confirment, et si l'une des impératrices, ou toutes les deux, avec l'appui tacite ou déclaré de la France , ont recours à des moyens violents, le roi se déclare prêt à s'entendre de suite avec Sa Majesté Prussienne sur les mesures à prendre pour la défense commune... Mais, vous demanderez au roi de Prusse s'il ne vaudrait pas mieux ajourner toute action qui serait de nature à augmenter la jalousie si peu fondée de la cour de Russie... C'est en s'appuyant sur des considérations de ce genre , que Sa Majesté (Britannique) est portée à croire qu'il serait plus prudent de retarder, au moins pendant quelque temps, la conclusion d'un traité en règle. En attendant, Sa Majesté Prussienne peut compter en toute sécurité sur la promesse que vous êtes autorisé à faire au nom du roi, qu'il soutiendra avec vigueur le roi de Prusse, dans le cas où les États de ce dernier seraient en butte à une agression de la part d'autres puissances. »
Le ton de Newcastle est encore plus réservé que celui du secrétaire d'État. Avec sa susceptibilité ordinaire, il se plaint que le roi Frédéric ne fait jamais allusion à lui : « Vous savez, écrit-il à Mitchell (2), et le roi de Prusse devrait savoir, combien je suis désireux d'établir l'entente et l'union la plus parfaite avec lui , et cependant il est toujours imbu de l'idée ridicule que milord Holdernesse est son seul
(1) Holdernesse à Mitchell, 9 juillet 1756.
(2) Newcastle à Mitchell, 9 juillet 1756. Newcastle Papers.
ami ». Puis il ajoute : « Je suis partisan de nous entendre avec le roi de Prusse , mais à la condition qu'il se séparera complètement de la France. Si la cour de Vienne n'intervient pas dans les affaires de Sa Majesté Prussienne, nous devrons éviter toute démarche qui empêcherait le retour de l'impératrice à ses anciens alliés {aujourd'hui fort heureusement unis à la Prusse.) Mais il ne faut pas sacrifier la Prusse , qui est prête à agir avec nous, à la crainte d'être désagréables à la reine de Hongrie, qui s'est conduite avec tant d'ingratitude en s' unissant à nos ennemis. »
Il est peu probable queMitchell, dans les audiences fréquentes qu'il eut de Frédéric, ait mis sous les yeux de son royal interlocuteur les dépêches de son ministère. Elles n'eussent guère servi à augmenter la confiance très limitée qu'on avait à Berlin dans la coopération de l'Angleterre.
Ce fut dans l'entrevue du 6 juillet (1) que le représentant de George II dévoila au roi de Prusse la véritable situation à Pétersbourg, en lui soumettant la fameuse « déclaration secrétissime, » remise à Williams lors de la ratification de la convention de subsides (2). « Le roi, dit Mitchell, l'a lue sans manifester d'émotion, et a remarqué avec beaucoup de calme que cette pièce enlevait toute valeur à notre traité. Quant à lui, il se demandait pourquoi l'impératrice de Russie professait une telle aversion pour sa personne; il n'avait rien fait pour la mériter, et il ne pouvait l'attribuer qu'à l'influence et aux intrigues de la cour de Vienne. »
Sur ces entrefaites, les nouvelles de Russie, toujours contradictoires, devinrent de nouveau plus rassurantes. Quel que fût le motif de ce changement, qu'on pût l'expliquer
(1) Mitchell à Holdernesse, 9 juillet 1756.
(2) Dans cette pièce que nous avons déjà reproduite, Sa Majesté Impériale déclarait « que le cas de la diversion à faire, à laquelle Sa Majesté s'est engagée par la convention qui vient d'être ratifiée , ne peut et ne doit exister que lorsque le roi de Prusse attaquera les États de Sa Majesté le roi de la Grande-Bretagne ou ceux de ses alliés ».