‹ Louis XV, et le renversement des alliancesChapitre 228 sur 249 · ULTIMATUM DE FREDERIC · texte numérisé non relu

ULTIMATUM DE FREDERIC

vient, soit que cette déclaration se fasse par écrit, ou verbalement en présence des ministres de France et d'Angleterre ! Cela m'est égal , et dépend du bon plaisir de l'impératrice. Il faut savoir si nous sommes en guerre ou en paix, j'en rends l'impératrice arbitre. Si ses intentions sont pures, voici le moment de les mettre au jour; mais si on me donne une réponse en style d'oracle, incertaine ou non concluante, l'impératrice aura à se reprocher toutes les suites qu'attirera la façon tacite dont elle me confirmera par là les projets dangereux qu'elle a formés avec la Russie contre moi; et j'atteste le ciel que je suis innocent des malheurs qui s'en suivront. »

Klinggraeffen était averti qu'une réponse peu satisfaisante entraînerait son rappel et le commencement des hostilités. « Cela pourra se faire le 23 ou le 24- de ce mois, » lui mandait le roi.

Cet ultimatum hautain lancé , Frédéric employa le peu de temps qui lui restait avant l'ouverture de la campagne à mobiliser son armée, et à donner ses dernières instructions à ses lieutenants. Il devenait de plus en plus évident que la Prusse aurait à supporter seule le poids de la guerre , au moins pour le moment. De l'Angleterre , il n'y avait rien à attendre; la cour de Londres était opposée à l'aventure; ses conseils de prudence étaient d'autant plus sincères, que l'orage, qui allait éclater en Bohême, aurait son contre-coup sur les bords du Rhin et en Hanovre.

Aux yeux du cabinet britannique, le but de la politique inaugurée par le traité de Westminster n'avait jamais dépassé la sauvegarde des États allemands du roi George contre une entreprise de la France. Si, par crainte de se mêler à un conflit continental , on avait refusé de se prêter aux ouvertures de l'impératrice contre le roi de Prusse, pour la même raison on était peu disposé à soutenir ce dernier dans ses desseins contre l'Autriche. Il fallait arrêter une agression à laquelle l'Angleterre ne voulait

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pas participer, et dont le premier résultat serait de livrer le Hanovre presque sans défense aux coups de l'adversaire. Holdernesse, dans ses nombreuses dépêches du mois d'août, se fit l'interprète de ces sentiments. D'après lui (1) , l'influence anglaise à Pétersbourg* était assez forte pour empêcher la czarine « d'entrer tête baissée dans les vues des cours de Vienne et de Versailles. Une attaque de l'impératrice-reine par le roi de Prusse était le seul événement qui pût décider la cour de Russie à agir, sous prétexte des engagements qui la lient à la maison d'Autriche. . . Le roi espère que Sa Majesté Prussienne ne précipitera pas les événements. Une résolution subite de sa part amènerait les conséquences les plus dangereuses pour la cause commune... qu'on pourrait éviter ou au moins diminuer avec un peu de patience ».

Le ministre anglais reproche au roi de Prusse de ne se préoccuper que de la Russie et de l'Autriche, et de perdre de vue l'action probable de la France. « Si Sa Majesté Prussienne se décide à prendre des mesures dont le roi voudrait le dissuader, et qui auront pour résultat certain une invasion des États de ce dernier, à laquelle il ne pourra résister avec ses propres forces, Sa Majesté Rritannique est d'autant plus justifiée à demander le secours de son allié... Le roi de Prusse aura à examiner si l'avantage qu'il trouve à prévenir ses ennemis compense la perte certaine de la Russie ; mais, quelle que soit sa décision sur ce point, nous engageons Sa Majesté Prussienne à examiner très sérieusement les mesures qu'il aura à prendre de concert avec le roi , pour garantir les deux États contre les premières attaques d'une armée française, qui répondra sans aucun doute à l'appel de son nouvel allié. » Comme conclusion de ces observations , Holdernesse priait le roi Frédéric de joindre un corps de 25 à 30,000 de ses soldats

(1) Holdernesse à Mitchell, 6, 10 et 20 août 1756.

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