REPONSE DE MARIE-THÉRÈSE
aux troupes hanovriennes et allemandes dont le roi George pouvait disposer pour la défense de l'électorat.
Les représentations du ministère anglais arrivaient beaucoup trop tard pour exercer Ja moindre influence sur un prince qui, d'ailleurs, en pareille circonstance, ne prenait conseil que de lui-même. Il ne restait qu'une seule chance de paix : l'impératrice pouvait accepter la trêve que lui proposait son adversaire.
A la date du 7 août, les instructions de Frédéric étaient parvenues à Vienne. Klinggraeffen se rendit aussitôt auprès de Kaunitz, lui en communiqua le contenu et sollicita une audience de l'impératrice. A cette requête, le chancelier riposta en réclamant une note écrite, qui serait remise entre les mains de la souveraine , et d'après laquelle celle-ci pourrait formuler sa réponse au roi de Prusse.
Klinggraeffen n'osa pas prendre sur lui la responsabilité de rédiger une pièce dont l'exposé autant que le dispositif pourrait hâter la rupture; il en référa à son maître (1) , et sollicita de nouveaux ordres.
Ce retard ne faisait pas les affaires de Frédéric; aussi infligea- t-il à son envoyé une de ces vertes réprimandes qui lui étaient familières (2) : « Vous avez commis la plus lourde faute, en ne vous prêtant pas à présenter le mémoire par écrit, que la reine -impératrice vous a fait demander, après avoir tout dit au comte de Kaunitz... Vous avez gâté mes affaires; vous vous laissez amuser; il faut que j'aie votre réponse le 21 de ce mois. »
Malgré toute la diligence qui lui était enjointe, Klinggraeffen ne put délivrer sa note que le 20 août, et ne reçut la réplique autrichienne que le lendemain, par l'entremise de Kaunitz. Marie-Thérèse rejetait sur le roi de Prusse la responsabilité des premiers armements , rappelait la ré-
(1) Klinggraeffen à Frédéric, 7 août 1756.
(2) Frédéric à Klinggraeffen, 13 août 1756.
ponse faite le 20 juillet aux premières interrogations, se plaignait de la forme et du fond du document qu'on venait de lui adresser, et terminait en affirmant (1) « que les informations que l'on a données à Sa Majesté Prussienne d'une alliance offensive contre Elle, entre Sa Majesté l'Impératrice-reine et Sa Majesté l'Impératrice de Russie, ainsi que toutes les circonstances et prétendues stipulations de ladite alliance, sont absolument fausses et controuvées, et que pareil traité contre Sa Majesté Prussienne n'existe pas et n'a jamais existé. Cette déclaration mettra toute l'Europe à portée de juger de quelle valeur et qualité seraient les fâcheux événements qu'annonce le mémoire de M. de Klinggraeffen , et de voir qu'en tout cas, ils ne pourront jamais être imputés à Sa Majesté l'Impératrice-reine ».
Ce fut le 25 août, au soir, que l'on reçut à Potsdam les nouvelles de Vienne; elles étaient prévues. Quelques heures avant l'arrivée du courrier, Frédéric mandait au prince de Prusse , son frère , que son départ pour l'armée était fixé au 28. Dès le 26, l'envoyé Maltzahn eut l'ordre d'annoncer à la cour de Saxe la nécessité dans laquelle l'armée prussienne se trouvait de traverser ce pays pour entrer en Bohême. « L'on aurait, écrivait le roi (2) , pour les États du roi de Pologne, tous les ménagements que les circonstances présentes pourraient comporter, ... il se voyait forcé de prendre ses précautions de manière à ne pas retomber dans la situation où la cour de Saxe l'avait mis pendant les années 1744 et 1745. » Le même jour, les ordres de marche furent expédiés , et le 28 août , à quatre heures du matin , Frédéric quitta sa capitale , à la tête de ses gardes. Dès le lendemain, la frontière était franchie et la guerre de sept ans commencée.
Nous ne pouvons, en effet, attacher d'importance à la
(1) Réponse au Mémoire présenté par M. de Klinggraeffen, le 20 août 1756. Correspondance politique, t. XllI, p. 285 et suiv.
(2) Frédéric à Maltzahn, 2e août 1756.