AMBASSADE DE MIREPOIX
guerre générale ce qui n'avait été, au début, qu'un conflit colonial entre la France et l'Angleterre.
Dès le lendemain de la paix d'Aix-la-Chapelle, la diversité des vues des gouvernements, sur l'étendue des territoires soumis à leur domination en Amérique , éclata avec la dernière évidence. Si l'on était d'accord sur le principe de la remise en vigueur des conditions du traité d'Utrecht, on était bien loin de s'entendre sur Tinterprétation des articles arrêtés en 1713. L'obscurité du texte, sans grand inconvénient à cette époque reculée^ se prêtait mal à une délimitation, que rendaient tous les jours plus nécessaire les progrès de la colonisation dans les possessions des deux couronnes.
Nous avons raconté, plus haut, les incidents survenus pendant les années 1749 et 1750 en Acadie, à la rivière Saint-Jean, la baie de Fundy et l'isthme de Chignecto. Ce fut à cette époque que les cabinets de Versailles et de Saint-James commencèrent cette interminable suite de plaintes et de récriminations qui durera jusqu'à la rupture. Le 7 juin 174-9, M. Durand, chargé d' affaires de France à Londres, reçoit du duc de Bedford une note sur les revendications de son gouvernement. La conversation diplomatique s'engage ; le ministre objecte à notre envoyé (1) « qu'il n'espérait pas qu'on pût trouver aucun expédient pour concilier nos prétentions respectives; il a ajouté qu'il regardait ce sujet comme étant de la plus grande importance ».
Quelques jours après cet échange de vues, qui ne présageait rien de bon pour l'entente désirée , le nouvel ambassadeur de Louis XV, le marquis de Mirepoix (2), arrive à Londres, muni d'un long mémoire sur les demandes françaises, et armé d'instructions sur l'attitude à pren-
(1) Durand au ministre, 13 juillet 1749. Archives des Affaires Étrangères.
(2) Gaston-Charles-Pierre de Lévis, marquis de Mirepoix, lieutenant-général en 1744, avait été ministre à Vienne en 1737.
dre vis-à-vis de la cour auprès de laquelle il est accrédité.
M. de Mirepoix fut bien reçu en Angleterre. Il rend compte de ses impressions dans des termes où perce un étonnement quelque peu naïf (1) : « Ce public n'est pas rogue et mal accueillant, comme on nous le dépeint en France ; froid, timide et naturellement mélancolique , l'on n'y éprouve point ici les mêmes empressements que donnent nos Français avec chaleur, mais chacun s'y tient dans sa place avec la déférence requise, selon leurs façons, pour ceux qui leur sont supérieurs. » Il est extrêmement frappé de l'opulence du pays : « Tout ce que je découvre journellement ne fait que m'y confirmer; il me paraît, quant à présent, que, malgré le passé, il y reste de furieuses ressources. »
Au lieu de profiter des dispositions favorables dues à la paix si récemment conclue, pour essayer de terminer les différends par des négociations immédiates et directes , les deux cours convinrent, en novembre 1749, de confier l'examen des litiges à une commission spéciale, dans laquelle furent appelés à siéger, d'une part M. Shirley, gouverneur du Massachusetts, et M. Mildmay comme représentants de l'Angleterre, et de l'autre M. de la Gallissonnière, relevé à cet effet de ses fonctions au Canada, et M. Silhouette comme délégués français. M. Shirley fut bientôt remplacé par M. de Ruvigny de Gosne, secrétaire du comte d'Albermarle, ambassadeur d'Angleterre à Paris.^
La commission des limites commença ses opérations en 1750, et les poursuivit jusqu'au moment même de la rupture, en juillet 1755 (2). Chargés de fixer les frontières en Amérique , de trancher la question de la propriété des îles de Saint- Vincent , Tabago et Sainte-Lucie, de juger les réclamations présentées par la France au sujet des prises
(1) Mirepoix à Puysieulx, 20 août 1749.
(2) Le dernier mémoire remis par les commissaires français porte la date du 18 juillet 1755.