RETARD DES ARMEMENTS DE L'AUTRICHE
point augmenter, plus qu'il ne le faut absolument, les inquiétudes de ce dangereux voisin. Pour éviter l'une ou l'autre extrémité , il a été résolu de nous borner... quant à présent , à deux camps de cavalerie , sur les confins de la Hongrie, vers ici. »
Ces premières dispositions avaient bientôt été complétées par la décision d'assembler 80,000 hommes en Bohème et en Moravie; mais les mouvements de la troupe, la formation des mag-asins, la mise en état des forteresses, étaient forcément une œuvre de longue haleine.
Kaunitz s'imaginait que le but du roi de Prusse était d'entraver les efforts que l'Autriche, moins rapide à la mobilisation que son adversaire , devait faire pour regagner le temps perdu et pour être prête à entrer en campagne, de concert avec la Russie et la France, au printemps de 1757.
Marie-Thérèse elle-même ne semble pas avoir prévu les suites delà réponse qu'elle venait de faire au représentant de Frédéric. Dans un billet qui porte sa signature, daté du 27 juillet (1), la demande d'explications, les termes mêmes de la note qu'elle avait lue à Klinggraeffen , sont relatés à titre de renseignement, presque sans commentaire, et prennent place à côté et au milieu des autres questions traitées. M. d'Aubeterre tient à peu près le même langage (2) : « On veut éviter d'entrer en pourparlers avec le roi de Prusse, qui aurait peut-être proposé de suspendre ses mesures à condition que l'impératrice cessât aussi les siennes. Or, comme ce prince est toujours en état de s'assembler plus promptement qu'on ne l'est ici, on veut absolument s'y mettre de niveau à cet égard pour ne pas être dans le cas d'être prévenu. »
On crut même , à Vienne , à un ralentissement des ar-
(1) Marie-Thérèse à Slahremberg, 27 juillet 1756.
(2) Aubeterre à Rouillé, 28 juillet 1756. Autriche, Aflfaires Étrangères.
mements de la Prusse. Le 7 août, Fleming- mandait à sa cour (1) « que les avis se confirmaient que le roi de Prusse avait fait cesser dans ses États tous les mouvements et préparatifs; que, d'après ce que lui avait dit le comte de Kaunitz, la modération apparente de ce prince n'arrêterait point la continuation des mesures vigoureuses que l'on avait commencées ». Le ministre saxon se félicite de voir l'Autriche « mettre ses armées dans un état si mobile et si actif qu'il ne restait plus à l'avenir aucune surprise à craindre de la part du roi de Prusse, ni pour elle-même, ni pour ses alliés ».
Fleming- était, du reste, si rassuré sur le maintien, au moins provisoire, de la paix, que peu de jours après avoir expédié sa dépêche , il sollicita et obtint un congé pour se rendre à Dresde , où il se trouvait encore au moment de l'invasion prussienne. La communication verbale et l'ultimatum de Klinggraefïen dissipèrent enfin les illusions, et le chancelier autrichien dut avouer à M, Ratte, chargé d'affaires de France (2) , que les hostilités étaient certaines.
Il faut, selon nous, attribuer la quiétude de la cour de Vienne à la conviction que le roi de Prusse, malgré son attitude menaçante, n'oserait pas, en prenant l'initiative , braver la Russie et la France , qu'il savait être tenues, par les termes des traités défensifs conclus , de venir en aide à l'impératrice si elle était attaquée.
Fidèle à l'idée maîtresse de sa politique , Kaunitz avait préparé de longue main la constitution d'une ligue des trois principales puissances de l'Europe , dont l'effort commun viserait l'écrasement de la Prusse. Mais pour être efficace l'action devait être simultanée. Or, à Vienne, si on
(1) Fleming à Bruhl, 7 août 1756. Correspondance politique, XIII, page 262.
(2) Ratte à Rcrtiillé, 24 août 1756, M. d'Aubeterre, nommé à l'ambassade d'Espagne, avait quitté Vienne le 4 août.