INACTION DE LA SAXE
bourg. Dans ses conférences avec Bernis, Stahremberg reconnaissait la nécessité de comprendre la Saxe dans la coalition future ; mais il remettait à plus tard tout arrangement avec cet État, et faisait éconduire l'envoyé saxon, qui cherchait à intéresser le gouvernement de Louis XV au sort de sa patrie.
Découragé par l'échec de ses sollicitations à Paris et à Pétersbourg, convaincu qu'aucun aide ne lui viendrait pour le moment de Vienne, trompé peut-être par le ton des dépêches de Fleming, le roi de Pologne se résigna à attendre les événements et se berça de l'espoir de pouvoir rester neutre dans le conflit approchant. « La cour de Dresde, écrit le comte de Broglie (1) à la date du 13 août, à la vue de cet orage qui se forme si près d'elle , ne parait pas à présent s'occuper de se garantir. » Ce ne fut, en effet, que la veille de l'entrée des Prussiens en Saxe que les ordres furent donnés (2) pour concentrer entre Konigstein et Pirna, dans une position avantageuse, les 15,000 hommes dont se composait l'armée électorale.
Les faits que nous venons de relater, les propos tenus par les représentants de l'Autriche à Pétersbourg et à Paris , l'indifférence de la cour de Vienne à l'égard de la Saxe et les conversations de Kaunitz, semblent démontrer que ce ministre ne prévoyait pas l'agression du roi de Prusse, que cette attaque subite qui venait interrompre des armements encore incomplets et troubler des négociations en cours, était une véritable surprise pour l'impératricereine , tout autant que pour les autres puissances de l'Europe.
Si cette impression est exacte, l'on doit rechercher pourquoi le cabinet de Marie-Thérèse, qui avait des motifs si
(1) Broglie à Bonnac, 13 août 1756. Correspondance secrète. Affaires Étrangères.
(2) Broglie à Bonnac, 27 août 1756. Correspondance secrète. Affaires Étrangères.
50f) LE RENVERSEMENT DES ALLIANCES. — CHAP. XII.
puissants pour retarder le commencement des hostilités, déclina la promesse que voulait obtenir Frédéric. Le temps ainsi gagné eût été mis à profit, et les diplomates du dixhuitième siècle n'auraient pas été plus embarrassés que leurs successeurs d'aujourd'hui, pour soulever un incident qui eût servi de prétexte au moment opportun. La morale politique n'était guère plus en honneur à Vienne qu'à Berlin ; aussi n'est-ce pas , selon nous , à la crainte de se lier les mains vis-à-vis de la Prusse, que l'impératrice obéit en opposant un refus hautain à la sommation de Klinggraeffen.
Bernis, dans ses Mémoires, insinue que la réponse de Marie-Thérèse ne fut pas approuvée à Paris (1). « Si elle (la cour de Vienne) avait été plus sage..., elle aurait donné l'assurance qui était demandée; par là, elle reculait au moins l'époque de la guerre, elle se donnait le temps de rassembler ses forces, de mettre la Saxe à l'abri d'un coup de main, de faire expliquer les cours que nous désirions unir au concert de nos mesures , et nous donnait à nous-mêmes le temps de faire des préparatifs militaires et des arrangements de finances. »
Il est certain que le ton de la note prussienne, dont Klinggraeffen n'avait pas osé adoucir les expressions, l'accusation inexacte d'une alliance offensive avec la Russie, l'injonction impérieuse d'avoir à cesser les armements en train , étaient autant de blessures cruelles infligées à l'orgueil de la souveraine et à l'amour- propre de la femme. Prendre l'engagement qui lui était réclamé , c'était s'humilier devant son ennemi détesté et s'abaisser aux yeux de l'Europe. L'échec diplomatique subi eût diminué le prestige de la cour impériale , et amoindri son autorité auprès des grandes puissances dont elle sollicitait le concours , et avec lesquelles elle entendait traiter sur un pied d'égalité
(1) Mémoires de Bernis, t. I, page 292.