‹ Louis XV, et le renversement des alliancesChapitre 235 sur 249 · FREDERIC AGRESSEUR · texte numérisé non relu

FREDERIC AGRESSEUR

parfaite. Ces divers mobiles eurent certainement leur effet sur la résolution de Marie -Thérèse, mais nous inclinons à penser que la principale cause de sa réponse négative fut le désir de forcer le roi de Prusse à devenir l'agresseur. Attaquée par lui, la cour de Vienne avait le droit de faire appela la Russie et à la France, obligées toutes les deux par leurs conventions. De la guerre défensive à l'offensive, il n'y avait qu'un pas; et ce pas, la diplomatie autrichienne se croyait assez forte et assez habile pour le faire franchir sans trop de résistance. Les hostilités commencées, les négociations seraient plus actives, l'accord plus prompt, et l'objet final, la formation de la ligue contre la Prusse, plus sûrement et plus rapidement atteint.

En relevant le gant que lui jetait Frédéric, l'impératrice jouait gros jeu; elle ne pouvait compter que sur ses propres forces pour repousser l'assaut , et n'avait pas à espérer d'aide immédiat de ses alliés.

Sans doute, à Pétersbourg, les tentatives de Williams pour maintenir l'union avec l'Angleterre et pour réconcilier la czarine avec le roi de Prusse, n'avaient pas abouti et ne paraissaient pas avoir grande chance de succès; à rencontre, les rapports avec l'impératrice-reine avaient conservé leur caractère d'intimité , et s'étaient traduits à plusieurs reprises pendant le cours de l'été par des offres de service.

Mais malgré ces indices favorables à l'Autriche , la marche des événements en Russie , pleine de contradictions et d'imprévu, était une véritable énigme pour les cabinets de l'Europe. Les décisions les plus importantes dépendaient de tant de facteurs d'un poids si variable, qu'il était difficile d'en démêler les motifs et encore plus d'en prévoir les suites. L'état de santé de la souveraine , ses fantaisies , les intrigues d'antichambre ou d'alcôve , la vénalité bien connue des fonctionnaires les plus haut placés, les intérêts privés de toute sorte et de tout ordre, étaient autant de

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considérations dont il fallait tenir compte , autant de causes qui agissaient sur la boussole politique de la cour de Pétersbourg, et qui en faisaient constamment changer la direction.

Elisabeth, usée par le plaisir, malade, indolente, capricieuse au possible, gouvernée par le favori en titre ou les femmes de sa toilette , restait malgré tout fidèle à l'amitié qu'elle avait vouée à Marie-Thérèse et à la haine dont elle poursuivait Frédéric. Auprès d'elle, l'héritier de la couronne, le grand-duc Pierre, sans instruction, sans valeur, excentrique jusqu'à la folie, admirateur passionné du philosophe de Sans-Souci , ne cachait pas ses sympathies pour ce prince, et, s'il faut en croire certains historiens, n'hésitait pas à lui faire parvenir les avis les plus importants.

La grande-duchesse Catherine partageait son temps entre les intrigues amoureuses et les affaires de l'empire; en mauvais termes, quelquefois en brouille affichée avec la czarine , elle mettait au service de l'Angleterre le crédit que lui assuraient ses talents , sa grâce , le charme qu'elle exerçait autour d'elle , et surtout le pouvoir qu'elle possédait sur son faible époux.

Le grand chancelier Bestushew, superstitieux, débauché, corrompu à l'excès, besogneux, vénal jusqu'à se vendre au plus offrant, suspect à sa souveraine qui cependant ne pouvait se passer de lui, plus fin que capable, plus rusé qu'habile, mais froid, possédant la tradition du ministère , l'expérience des hommes et une connaissance intime des rouages de l'État, secondait de son mieux les efforts de l'ambassadeur anglais, et était, de ce chef, en lutte ouverte avec Woronzow le vice-chancelier. Ce dernier, de basse origine, moins grand seigneur et presque aussi intéressé que son rival, se montrait partisan avoué de l'alliance autrichienne et de l'entente avec la France.

Au premier rang des influences de cour, était celle des

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