‹ Louis XV, et le renversement des alliancesChapitre 236 sur 249 · COUR DE RUSSIE · texte numérisé non relu

COUR DE RUSSIE

Schuwalow, dont les plus âgés, Pierre et Alexandre, remplissaient les grandes fonctions civiles et militaires de l'État; le plus jeune, Ivan, amant attitré d'Elisabeth, d'une valeur personnelle incontestable, jouissait d'une autorité aussi efficace dans les conseils de la czarine que dans le boudoir de la maîtresse.

Depuis quelques mois, le prestige de l'Angleterre avait subi à Saint-Pétersbourg une atteinte sérieuse ; en dépit de tous ses efforts, sir Hanbury Williams n'avait pu empêcher le rétablissement des relations diplomatiques entre la France et la Russie.

C'est à l'automne de 1755 que remonte le premier essai fait par le gouvernement de Louis XV, pour reprendre avec la cour de Russie les rapports interrompus en 1744, à la suite de l'expulsion de l'envoyé français, M. de La Chetardie. Pour cette délicate mission , l'on choisit le chevalier Douglas, réfugié écossais au service de la France. Ce dernier, pour ne pas donner l'éveil , dut se faire passer comme sujet britannique et jouer le rôle de négociant en fourrures (1). Il fut muni pour sa correspondance d'un code spécial, où les termes du commerce qu'il était censé pratiquer, étaient appliqués aux gens et aux circonstances de la Russie. Dans le vocabulaire adopté, « le renard noir » signifiait Williams , « le loup cervier » le chancelier Restushew, et « les peaux de petit gris » représentaient les troupes à la solde de l'Angleterre. Douglas, débarqué à Pétersbourg dans les premiers jours d'octobre, n'y fit qu'un court séjour. Pour se faire présenter à l'impératrice, il dut en sa qualité assumée, s'adresser à l'ambassadeur Williams , qui se méfia du personnage et le fit éconduire ; cependant, il sut nouer avec le vice-chancelier Woronzow et avec quelques courtisans des liaisons amicales qui facilitèrent son retour.

(1) Voir, pour les premières instructions de Douglas, l'ouvrage de Boutarlc, Correspondance secrète de Louis XV, 1. 1, pages 203 et suiv.

Lors de son second voyag-e, au printemps de 1756, Douglas, revêtu cette fois d'un caractère semi-officiel, trouva un excellent accueil. Le traité de Westminster avait fait tort à l'influence anglaise , et dans l'entourage de la czarine l'on était fort disposé à se réconcilier avec la France. Dès le soir de son arrivée (1), l'émissaire français put voir Woronzow et lui remettre la lettre d'introduction dont il était porteur, ainsi qu'un mémoire pour l'impératrice. La réponse à ce document se fit attendre un mois, mais son contenu était de nature à faire pardonner le retard. Sa Majesté déclarait (2) « qu'elle consentirait avec plaisir à l'envoi réciproque de ministres accrédités; que l'on expédierait, de part et d'autre, aux envoyés des deux pays résidant à l'étranger, des ordres où il leur soit enjoint de se comporter vis-à-vis l'un de l'autre d'une manière qu'il convient à des ministres de cours qui vivent en la meilleure intelligence et en l'amitié la plus sincère ». L'impératrice terminait en annonçant le départ pour la France de M. Becklieff, chargé d'une mission pareille à celle que remplissait en Russie le représentant de Louis XV.

Dans la dépêche (3) qui accompagnait la note de la czarine , Douglas raconte que sur la demande de Woronzow « la connaissance de cette affaire a été ôtée au grand chancelier, jusqu'à ce que tout fût mis en règle et sur un pied convenable à la dignité des deux souverains » ; sa situation équivoque ne laisse pas que de lui créer des embarras ; « on ne sait pour qui me prendre, et souvent j'ignore moi-même pour qui me donner. » Il se loue beaucoup des Schuv^^alow et surtout du comte Ivan : « ce jeune et aimable seigneur, dont les mérites dans le printemps de son âge

(1) Douglas à Rouillé, 24 avril 1750. Russie. Affaires Étrangères.

(2) Réponse de S. M. L remise au chevalier Douglas, le ~ mai 1756.

(3) Douglas à Tercier, 23 mai 1756. Tercier, commis aux Affaires Étrangères était initié à la diplomatie secrète de Louis XV. La dépêche de Douglas devait être communiquée au ministre.

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