DOUGLAS ET WILLIAMS
jettent un éclat qui fait tout attendre de son mérite et de sa capacité. ,, a employé le crédit et la faveur qu'il a auprès de Sa Souveraine à hâter le rétablissement de la bonne harmonie, et à aplanir les difficultés qui pourront s'y opposer ».
La position de Douglas fut régularisée par l'expédition de lettres de créance qu'il remit aux chanceliers, le 25 juillet, et par sa présentation officielle à l'impératrice au mois d'août. A partir de cette époque, les conversations diplomatiques reprirent entre les ministres russes et le chargé d'affaires de France. Ce dernier reçut l'ordre (1) de joindre ses efforts à ceux de l'ambassadeur Esterhazy, pour déterminer l'accession de la Russie au traité de Versailles.
Williams, malgré le déclin du prestige de l'Angleterre, possédait encore, grâce à son énergie, son activité et surtout à l'or dont il disposait, une grande autorité dans les cercles de la cour. C'est dans sa correspondance que nous continuerons à puiser des renseignements sur les intrigues qui se combinaient autour de l'impératrice, et sur les fluctuations de la politique moscovite.
Nous avons laissé le diplomate britannique aux prises avec les embarras d'une situation fort embrouillée. Très lié avec Bestushew, tenu par lui au courant des secrets du gouvernement, il avait signalé à Londres le changement d'attitude de son collègue Esterhazy qui, d'ami et confident, était devenu son rival, et le rôle grandissant du chevalier Douglas (2). Mais quelque bien informé qu'il fût, il ne soupçonnait pas les conférences secrètes entre les chanceliers et le représentant de l'Autriche, et encore moins les propositions faites à cette puissance. Il négligea le danger réel, l'action de Marie-Thérèse, pour se préoc-
(1) Rouillé à Douglas, 14 août 1756.
(2) Williams à Holdernesse , 5 juin 1756.
cuper des tentatives de rapprochement que faisait le cabinet de Versailles (1).
Au commencement de juillet, Williams eut une long-ue conversation avec Bestushew, qui affirma que, « quoique son crédit n'est plus ce qu'il était jadis » , il lutterait toujours pour l'alliance anglaise. A l'ambassadeur dont l'ardeur tatillonne était probablement devenue pour lui une source d'inquiétude, il conseillait de patienter. Malgré les désirs de certaines personnes , au premier rang- desquelles figurait le favori Ivan Schouwalow, une entente intime avec la France n'était pas à prévoir; les intérêts des deux pays, la politique suivie dans les affaires de Suède et de Pologne, étaient trop divergents pour qu'un accord eût une durée plus qu'éphémère, « Malheureusement, ajouta-t-il, nous avons à la cour un jeune favori qui parle le français et qui aime les Français , leurs modes, etc. Son pouvoir est si grand qu'il est quelquefois irrésistible, mais quoique je ne puisse pas toujours faire prévaloir mon avis, je parviens en général à démolir les projets des autres quand je ne les approuve pas. Notre M. Pompadour s'est mis dans la tête qu'il aurait ici un ministre de France, et je crains qu'il ne réussisse; rnais aussi longtemps que je serai le ministre de Sa Majesté Impériale, on ne fera ici rien d'essentiel au préjudice de l'Angleterre. » Le vieux chancelier passa ensuite au chapitre de l'Autriche , se fit donner des renseignements sur les rapports de Keith avec cette cour, et finit en priant son interlocuteur d'engager le gouvernement anglais à rester en bons termes avec l'impératrice-reine.
Trois jours après, nouvelle conférence avec Bestushew. Ce dernier expose ses embarras financiers ; son traitement n'est que de 7,000 roubles par an; il a des dettes, des charges énormes; il demande au gouvernement britanni-
(1) Williams à Holdernesse, 5 juin 1756.