LA GRANDE-DUCHESSE CATHERINE
que de lui faire une rente de 2,500 livres sterling, qui lui permettra de vivre indépendant de tout le monde , excepté du roi George et de sa souveraine. Le lendemain, c'est la grande -duchesse Catherine qui présente une requête du même genre. Elle écoute les développements de Williams sur les dangers de l'alliance française , le remercie de ses conseils; elle promet de seconder ses vues; mais elle ajoute (1) « qu'elle pourrait agir beaucoup plus si elle avait de l'argent : sans argent à la cour de Russie, on n'obtenait aucun résultat; elle était obligée de payer jusqu'aux femmes de chambre de l'Impératrice... sa famille était pauvre. Mais, si le roi George voulait avoir l'amabilité et la générosité de lui prêter une somme d'argent, elle donnerait à Sa Majesté un billet pour le montant et le lui rembourserait aussitôt que cela lui serait possible. En même temps, elle donnerait sa parole d'honneur que les sommes prêtées seraient employées jusqu'au dernier sol aux affaires de ce qu'elle considérait comme la cause commune )).
Par retour du courrier (2), c'est-à-dire après un délai de près d'un mois, Williams reçut l'ordre de verser 250,000 livres (£ 10,000) entre les mains de l'impériale solliciteuse. Plus méfiant à l'égard du chancelier, le ministre du roi George promet la pension, mais subordonne le premier versement à la condition préalable d'un revirement en faveur des intérêts anglais.
Encouragé sans doute par les dépêches de Pétersbourg et par le récit d'une conversation de Keith avec M. de Keyserling (3), ambassadeur russe à Vienne, Holdernesse engagea le roi de Prusse à profiter de la détente appa-
(1) Williams à Holdernesse, 9 juillet 1756, très secret,
(2) Holdernesse à Williams, 6 août 1756, très secret.
(3) Holdernesse chargea Keith d'employer Keyserling à travailler auprès de sa cour en faveur de l'Angleterre, et de lui faire entendre qu'il serait rémunéré de ses services.
rente pour rassurer la cour de Russie sur les intentions belliqueuses qu'on lui attribuait. A cet effet, comme les relations diplomatiques étaient rompues depuis quelques années entre le roi et la czarine , Mitchell écrivit à son collègue Williams (l)une lettre, qu'il fit approuver par Frédéric, et qui était destinée à être mise sous les yeux des chanceliers russes.
Le roi de Prusse ne demandait pas mieux que de suivre la voie indiquée par le cabinet britannique. Le 28 août, à la veille de son départ pour la guerre, il offrit d'envoyer un représentant à Pétersbourg, si l'entente pouvait se faire avec la czarine; bien plus, il proposa de soumettre ses différends avec l'Autriche à l'arbitrage de l'impératrice Elisabeth et du roi George. Enfin, le 2 septembre, de son quartier général de Torgau, malgré l'esprit 'd'économie qui présidait à la gestion des finances du royaume, il se déclara prêt à contribuer à la bourse commune, et autorisa Mitchell à faire savoir à Williams qu'il mettait à sa disposition une somme de 100,000 écus pour gagner les bonnes grâces de Bestushew.
Malheureusement, les avances diplomatiques et financières de Frédéric avaient le double tort d'arriver trop tard, et de coïncider avec l'ultimatum de Klinggraeffen , l'invasion de la Saxe et la marche contre l'Autriche. Des événements de cette nature devaient créer un courant d'opinion contre lequel Bestushew serait impuissant, réveiller les sentiments personnels de la czarine et l'obliger à intervenir en faveur de son alliée.
Aussi Williams, édifié sur l'état des esprits, ne fait-il pas mystère de ses craintes. <( Je suis fort chagrin d'apprendre que la guerre est si proche, écrit-il à Mitchell (2) : j'espère, par tout ce qui est le plus sacré, que le roi de
(1) Mitchell à Williams, 27 juillet 1756.
(2) Williams à Mitchell, 4 septembre 1756.