‹ Louis XV, et le renversement des alliancesChapitre 239 sur 249 · AVERTISSEMENTS DE WILLIAMS · texte numérisé non relu

AVERTISSEMENTS DE WILLIAMS

Prusse ne commencera pas les hostilités... j'ai pris le plus grand soin de me renseigner sur les intentions réelles de cette cour à l'égard du roi de Prusse dans la situation présente des affaires. Sa Majesté Prussienne peut être assurée qu'elles sont les suivantes : si l'impératrice-reine attaque Sa Majesté Prussienne, les Russes resteront neutres; mais si le roi de Prusse attaque l'impératrice, la Russie assistera de toutes ses forces Sa Majesté Impériale. » Trois jours plus tard , autre lettre de Williams, en date du 7 septembre. On ne connaissait pas encore l'entrée en Saxe, mais on était fixé sur le sens de la sommation de Klinggraeffen : « Dieu seul sait, écrit l'ambassadeur (1), si ma lettre arrivera à temps pour empêcher le mal que je^ crains; mais j'apprends que M. de Klinggraeffen a remis à la cour de Vienne une note, dans laquelle il y a des réflexions sur la Russie. Il y est dit qu'une alliance offensive contre le roi de Prusse a été conclue, au mois de janvier dernier, entre les cours de Pétersbourg et de Vienne , et que la seule raison qui a empêché les hostilités de commencer cette année, a été que l'armée russe manquait d'un grand nombre de recrues. Quant à l'existence d'un traité offensif entre les cours de Vienne et de Pétersbourg, signé en janvier de cette année, je crois, et suis prêt à affirmer ma croyance, que cela est absolument faux. Je suis également convaincu que cette cour n'a conclu aucun arrangement de quelque sorte que cela soit avec la cour de Vienne depuis le traité de 1746; et celui-là. Sa Majesté Prussienne le sait, n'a qu'un caractère purement défensif. »

Les appréhensions de Williams étaient justifiées. Par le même courrier, Esterhazy (2) pouvait annoncer à Kaunitz que, dans le cas d'une agression prussienne , la czarine Éli-

(t) Williams à Mitchell, 7 septembre 1756.

(2) Esterhazy à Kaunitz, 7 septembre 1756. Arneth, t. V, page 49.

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sabeth remplirait sans restrictions à l'ég-ard de l'impératrice les engagements qu'elle avait contractés en vertu du traité de 1746.

Il est presque superflu d'ajouter qu'au fur et à mesure de l'arrivée des nouvelles, l'état des esprits, déjà hostile à Frédéric, s'aigrit de plus en plus. L'offre de recourir à la médiation de la czarine , transmise de Berlin et présentée par Williams, fut repoussée avec mépris. Mais le cabinet de Pétersbourg n'était pas en état de donner à son langage et à ses déclarations la sanction d'une intervention armée. L'organisation des cadres était trop imparfaite, le commandement trop inexpérimenté, les services auxiliaires trop incomplets pour qu'il fût possible de réunir, avant la mauvaise saison, les soldats qu'on venait de renvoyer dans leurs garnisons. Le roi de Prusse était d'ailleurs parfaitement au courant de la situation militaire; aussi la certitude que l'attaque méditée contre lui par Elisabeth ne pourrait avoir lieu avant l'année suivante, influa-t-elle beaucoup sur la décision de commencer les opérations contre l'impératrice-reine. Les considérations du capitaine l'emportèrent encore une fois sur les préoccupations du diplomate.

En France , si les préparatifs n'étaient guère plus avancés, les desseins du gouvernement étaient beaucoup moins arrêtés qu'en Russie. On voulait bien négocier avec l'Autriche; on acceptait en principe l'union intime avec cette puissance; on se prêtait, sinon par une action directe, au moins par un consentement tacite , à l'amoindrissement du roi de Prusse; mais on restait opposé à l'idée de prendre part au conflit , et on se berçait de l'illusion que ce conflit n'était pas sur le point d'éclater.

Dans les lettres adressées à son maître , Knyphausen analyse, selon son habitude, les opinions manifestées au sujet de la nouvelle orientation de la politique française. D'après le ministre prussien qui se fait l'interprète des propos

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