‹ Louis XV, et le renversement des alliancesChapitre 240 sur 249 · ETAT DE L'OPINION EN FRANCE · texte numérisé non relu

ETAT DE L'OPINION EN FRANCE

qu'il entend autour de lui (1), le traité de Versailles était regardé comme écartant les chances d'une mêlée européenne , et pour ce motif était très mal vu par le comte d'Argenson, le maréchal de Belle -Isle, et, en général, par tout ce qui tenait à l'armée de terre. « J'ai tout lieu de supposer, écrit l'envoyé (2) , qu'on ne se décidera jamais ici à transporter la guerre sur le continent; une pareille entreprise étant entièrement contraire aux vues de la marquise, ainsi qu'à celles du comte de Machault, qui parait être celui de tous les ministres qui a le plus de part à sa confiance. »

Pendant tout l'été de 1756, à son prince qui Tinterroge sur les dispositions de Louis XV, sur les articles secrets qu'on suppose avoir été ajoutés au traité de Versailles, sur l'invasion du Hanovre, sur le projet de déchaîner les haines religieuses en Allemagne, Knyphausen tient un langage très rassurant. Il ne dissimule (3) pas le changement radical produit chez les partisans les plus chauds de l'ancien système par le rapprochement des cours de Berlin et de Saint- James; mais il affirme (4) que la convention du l*"" mai ne contient aucune clause dirigée contre la Prusse; il ne croit ni à une lutte religieuse (5) ni à une attaque des États électoraux du roi George (6).

Dans une dépêche qui ne précède que de quelques jours l'invasion de la Saxe (7), le diplomate prussien, tout en répétant ses avis sur les dangers d'une agression, parle même d'une détente dans l'opinion. « Les principaux d'entre les ministres semblent se radoucir à mon égard et m'évitent avec moins d'affectation M. Rouillé m'a fait

(1) Knyphausen à Frédéric, 7 juin 1756. Archives des Affaires Étrangères.

(2) Knyphausen à Frédéric, 11 juin 1756.

(3) Knyphausen à Frédéric, 2 juillet 1756.

(4) Knyphausen à Frédéric, 4 juillet, 7 et 15 juillet 1756.

(5) Knyphausen à Frédéric, 4 juillet 1756.

(6) Knyphausen à Frédéric, 2 juin et l"aoùt 1756.

(7) Knyphausen à Frédéric, 12 août 1756.

insinuer qu'il était surpris de ne plus me voir aussi

souvent que ci-devant le maréchal de Belle-Isle, qui

s'était totalement éloigné de moi, m'a fait aussi à peu près les mêmes reproches. » Malgré ces symptômes favorables, qui paraissaient indiquer quelque hésitation à suivre jusqu'au bout les conseils de l'Autriche, un acte d'hostilité contre cette puissance aurait pour résultat de faire entrer la France en ligne. « Je ne cacherai pas à Votre Majesté, continue la lettre, que, comme on désire toujours avec ardeur d'empêcher toute guerre de terre, et que le roi qui a eu personnellement beaucoup de part au traité de Versailles est jaloux de son accomplissement, je suis assuré que si Votre Majesté se déterminait à attaquer l'impératrice-

reine on fournirait de bonne foi à la cour de Vienne

le secours stipulé par le dernier traité. »

Dans les derniers jours d'août, on apprit à Paris, par la voie de Vienne et celle de Berlin, l'ultimatum que Klinggraeffen avait eu ordre de remettre à l'impératrice. Rouillé est très inquiet ; il nie l'existence du traité offensif entre l'Autriche et la Russie, et cite les dépêches de Douglas pour prouver l'inexactitude des bruits recueillis à ce sujet par Frédéric. Enfin, les deux premiers jours de septembre, eurent lieu, entre le ministre des Affaires Étrangères et Knyphausen (1), des explications amicales, dont le récit offre d'autant plus d'intérêt qu'il nous éclaire sur les sentiments du ministère français, à la veille de la rupture dont on n'avait pas encore la nouvelle à Paris , et qu'on était à mille lieues de croire si proche. Tout d'abord, Rouillé « se montre aussi surpris que satisfait » de l'assertion que le roi de Prusse avait faite (2) qu'il n'y avait d'autre lien entre l'Angleterre et lui que celui du traité de Westminster. « Après m'avoir répété à dif-

(1) Knyphausen à Frédéric, 3 septembre.

(2) Frédéric à Knypliausen, 21 août.

Page 1