‹ Louis XV, et le renversement des alliancesChapitre 241 sur 249 · ROUILLÉ ET KNYPHAUSEN · texte numérisé non relu

ROUILLÉ ET KNYPHAUSEN

férentes reprises qu'il avait des raisons très fortes pour supposer le contraire, il pouvait me certifier en revanche et me donner sa parole d'honneur que le traité de Versailles ne renfermait rien qui fût, ou implicitement ou directement, contraire aux intérêts et droits de Votre Majesté, et que jusqu'à présent il ne contenait nuls autres

engagements que ceux qui avaient été communiqués ;

il croyait pouvoir m'assurer et protester de la façon

la plus solennelle qu'il ne subsistait aucun traité offensif contre Votre Majesté entre les cours de Vienne et de Pétersbourg ». Par contre, le ministre se préoccupe des préparatifs militaires de la Prusse, et à Knyphausen , qui cherchait à justifier l'attitude de son maître par la nécessité de résister aux ennemis de sa couronne, il réplique non sans esprit que, « à en juger par la conduite de Votre Majesté, elle paraissait plutôt être portée d'inclination, que forcée à rompre la tranquillité de l'Europe ». Rouillé termine par la déclaration suivante : « Sa cour désirait ardemment le maintien de la paix; l'espoir de maintenir la tranquillité de l'Europe était le principal motif qui l'avait déterminée à la signature du traité de Versailles; et si on avait cru ici que le traité d'alliance défensive dont Votre Majesté avait proposé le renouvellement pût être compatible avec la convention de neutralité (1), on n'aurait pas balancé un moment de s'y prêter, mais il lui semblait qu'il subsistait entre les deux engagements une contradiction palpable qu'on ne saurait justifier. »

Il est curieux de rapprocher le langage du ministre des Affaires Étrangères à Knyphausen de celui que tenait à la même époque l'abbé de Bernis à Stahremberg, et dont nous avons donné le résumé plus haut. Ne serait-ce pas à une divergence profonde de vues sur la politique étrangère

(1) Comprise au traité de Westminster.

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de la France, qu'il faudrait attribuer ces hésitations et cette indécision dont se plaint l'ambassadeur autrichien, et qu'il contraste avec la complaisance trop évidente de son collègue dans la négociation, l'abbé de Bernis? Il parait certain, en effet, que les ministres de Louis XV, quoi qu'en put écrire Stahremberg, n'étaient rien moins qu'unanimes sur les avantages de l'alliance offensive avec l'impératrice, et que , presque sans exception , ils étaient opposés à l'extension de la guerre au continent d'Europe.

Frédéric se chargea de les mettre d'accord, en leur imposant la résolution qu'ils redoutaient de prendre. La nouvelle de l'invasion de la Saxe, arrivée à Paris le 5 septembre, provoqua à la cour la plus vive émotion, et ferma la bouche aux derniers adversaires du nouveau système.

Au moment où Frédéric franchit la frontière , il ne pouvait se méprendre sur les suites de son agression. De toutes parts, de Londres, de Pétersbourg, de Paris, les avis les plus sûrs et les plus positifs l'avaient averti des dangers qu'il allait attirer sur ses États. S'il passa outre, c'est qu'il crut avoir pour lui les plus grandes chances de victoire. Il savait, à n'en pas douter, qu'il n'aurait à combattre que les armées encore incomplètes de l'Autriche, renforcées peut-être du petit contingent saxon. La force de ses bataillons , la discipline de ses soldats , la mobilité de ses troupes, l'organisation du commandement, assuraient aux Prussiens une supériorité au moins temporaire, dont il se flattait de tirer tout le parti possible. Un trésor de guerre accumulé pendant la paix fournissait le moyen de pousser activement les opérations. Tout présageait des succès prompts et décisifs pour la campagne qu'on allait engager. L'avenir, il fallait le reconnaître, était beaucoup moins riant : si les Autrichiens pouvaient tenir jusqu'au printemps, ils verraient entrer en ligne à leurs côtés un corps considérable de troupes françaises, les hordes innombrables de la Russie , les contingents des princes de

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