‹ Louis XV, et le renversement des alliancesChapitre 242 sur 249 · DANGERS DE L'AVENIR POUR FREDERIC · texte numérisé non relu

DANGERS DE L'AVENIR POUR FREDERIC

l'Empire dont la grande majorité, presque sans distinction de religion, soutenaient la cause de l'impératrice, et peut-être une armée suédoise que le gouvernement de Stockholm, inféodé à la France, ne refuserait pas de joindre aux confédérés. Aux renforts que recevrait son ennemie, que pourrait opposer Frédéric? Son unique alliée, l'Angleterre, préoccupée de la sauvegarde de son territoire, se montrait peu disposée à faire participer ses propres soldats à la mêlée du continent. Elle n'était d'ailleurs liée à la Prusse que par un accord défensif et avait jusqu'alors décliné des engagements plus étroits. L'attitude des princes protestants du Nord de l'Allemagne, en général (1) sympathiques à la Prusse, se réglerait sur celle du roi George , dont les subsides étaient le plus souvent la principale ressource des budgets locaux.

Avec une perspective pareille, si Frédéric résolut de faire appel aux armes, d'attaquer l'Autriche malgré les risques que cette agression devait entraîner, c'est évidemment parce que, comme il l'a dit lui-même, il voyait un gros avantage à prendre l'initiative , à choisir l'heure et le théâtre d'hostilités que ses adversaires dans leur propre intérêt voulaient retarder.

Cette décision lui fut-elle imposée par la nécessité de défendre ses États contre la coalition dont il devinait la formation et les desseins , ou fut-elle inspirée par ce désir d'agrandissement qui fut le moteur constant de sa politique? Faut-il considérer l'occupation de la Saxe comme une mesure dictée uniquement par des raisons stratégiques, ou faut-il rechercher derrière le plan d'opérations du général les projets d'annexion du monarque? Ces questions d'ordre philosophique ont donné lieu à des débats fort intéressants de la part des écrivains allemands. Tandis que la plupart

(1) Le duc de Mecklembourg-Schwerin, qui avait eu des démêlés avec Frédéric à propos des agissements des recruteurs prussiens, prit parti contre lui.

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d'entre eux sïmposent comme un devoir religieux l'obligation de s'incliner devant les explications que Frédéric fournit lui-même de sa conduite, font du grand roi un souverain pacifique que les événements forcent à se battre pour l'intégrité de ses États et l'indépendance de ses sujets, des critiques modernes imputent au roi de Prusse l'arrière-pensée d'avoir songé à l'acquisition de la Saxe. Le retard dans les armements de l'impératrice, la dispersion de ses forces, l'état défectueux des rares forteresses qui protégeaient à cette époque la Bohême et la Moravie, la faiblesse et le désarroi du corps saxon étaient autant de circonstances favorables à l'entreprise rêvée. Maître de la Saxe et de la Bohême, victorieux des armées autrichiennes, le roi pourrait dicter la paix sous les murs de Vienne , et obliger le catholique Auguste à échanger ses sujets protestants de la Saxe contre le royaume de Bohême , arraché à Marie-Thérèse. Ce vaste programme était trop conforme aux idées développées par Frédéric dans son testament politique de 1752 (1), une extension des frontières de la Prusse du côté de l'Elbe répondait trop aux exigences géographiques de la jeune monarchie, pour qu'on ne soit pas tenté d'assigner à l'annexion de l'électorat une place dans les conceptions de 1756.

Le cabinet de Berlin s'efforça de justifier l'invasion des États du roi-électeur par la publication de documents de la chancellerie de Dresde, dont les copies étaient depuis longtemps entre ses mains, et dont il fit saisir les originaux dans le palais de la reine de Pologne. Mais l'employé chargé de la rédaction du « mémoire raisonné >; qui reproduisit les écrits incriminés, eut soin lui-même de rétablir leur véritable portée. Il fit paraître , quelque temps après la mort du roi, dans les mémoires de l'Académie royale de Berlin, un

(I) Lehmann, dans son ouvrage récent, Frédéric le Grand et Vorigine de la guerre de sept ans, donne des extraits et une analyse du testament politique de 1752, qu'il se plaint de ne pas voir livré au public.

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