‹ Louis XV, et le renversement des alliancesChapitre 243 sur 249 · LE MEMOIRE RAISONNE · texte numérisé non relu

LE MEMOIRE RAISONNE

article (1), où il donne son appréciation sur les pièces qu'il avait été chargé de collationner. « Le roi de Prusse, écrit Hertzberg, découvrit en 1753, et par la trahison d'un secrétaire saxon, que ces trois cours (Vienne, Saint-Pétersbourg et Dresde) avaient conclu en 1746 d'abord, après la paix de Dresde (2), un traité d'alliance et de partage éventuel de ses États en cas de guerre... 11 crut, au mois de juin 1756, sur des avis secrets et vraisemblables, que le moment était venu où les trois cours voudraient exécuter leur projet concerté contre lui. Pendant son séjour à Dresde, il fit ouvrir les archives et envoya au ministère toutes les dépêches originales de cette cour, sur lesquelles je composai et publiai le fameux « mémoire raisonné » , dans lequel on prouve , par les dépèches originales des ministres autrichiens et saxons, les projets éventuels de guerre et de partage contre la Prusse. Il est constaté que ces projets ont existé, mais comme ils n'étaient qu'éventuels et supposent la condition que le roi de Prusse donnât lieu à une guerre, il restera toujours problématique si ces projets auraient jamais été exécutés , et s'il aurait été plus dangereux de les attendre que de les prévenir. »

Quelles que fussent les vues du roi sur le sort qu'il réservait à la Saxe , la raison militaire suffit amplement pour expliquer l'occupation de ce pays. Résolu à envahir la Bohême , il devait choisir pour son attaque le côté le plus vulnérable du territoire ennemi. La possession de la Saxe lui assurait, par la vallée de l'Elbe, l'accès facile de la Bohème; les ressources de l'électoral lui fourniraient des vivres pour ses soldats, du fourrage pour sa cavalerie et de l'argent pour la caisse de son armée. En respectant la neutralité du roi Auguste, il aurait au contraire gêné ses opérations contre l'Autriche, et laissé derrière lui un État

(1) Nouveaux Mémoires de l'Académie royale de Berlin. Année 1785, page 333.

(2) 25 décembre 1745.

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dont les dispositions malveillantes lui étaient bien connues, et dont l'action hostile, en cas d'échec, constituerait un péril des plus grands.

Si la main-mise sur la Saxe ne peut se défendre au point de vue de la morale politique, il n'en est pas de même de l'entreprise dirigée contre l'impératrice-reine. Il faut reconnaître que Frédéric, en commençant la guerre, ne faisait que prévenir, pour employer sa propre expression, l'assaut que la cour de Vienne avait l'intention de livrer contre lui. Depuis la fin d'août 1755, c'est-à-dire depuis un an , Marie-Thérèse et son ministre Kaunitz préparaient lentement, mais sûrement, la formidable ligue destinée à écraser le roi de Prusse et à lui enlever la plus belle part de ses possessions.

Sans doute le chancelier autrichien désirait ajourner jusqu'en 1757 l'exécution du plan de campagne qu'il avait conçu : il lui fallait les longs mois d'automne et d'hiver pour dévider l'écheveau dont les fds étaient encore bien embrouillés. Mais si la cour d'Autriche fut surprise alors que ses préparatifs militaires n'étaient pas achevés, que ses négociations n'avaient pas abouti, elle n'avait qu'à s'en prendre à elle-même. Elle ne pouvait espérer que l'adversaire contre lequel elle tramait de si noirs desseins, lui laisserait le choix du moment le plus propice pour les réaliser. Aussi n'est-ce pas le bon droit de l'agression, mais son opportunité et ses avantages que nous mettons en question.

Frédéric savait que l'invasion des États de l'impératrice serait le signal de l'entrée en ligne contre lui de la Russie et de la France. Il connaissait l'existence et les conditions du traité de 1746; il était persuadé que cette convention avait été renouvelée, depuis peu, entre les cours de Vienne et de Pétersbourg. D'autre part, les avertissements de Rouillé à Paris, et de Valory à Berlin, étaient trop récents et trop explicites, pour qu'il y eût incertitude dans son esprit , sur l'aide que prêterait la France à l'Autriche en

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