ROBINSON, HOLDERNESSE ET NEWCASTLE
Nord qui avait appartenu à Newcastle, et fut remplacé par sir Thomas Robinson, ancien ambassadeur anglaisa Vienne. Ce dernier fut chargé, en outre, de la direction de la Chambre des communes, fonction délicate pour laquelle il n'avait ni le talent oratoire , ni l'expérience parlementaire, ni aucune des qualités nécessaires.
Fox, malgré ses fonctions de sous-secrétaire à la Guerre, ne siégeait pas encore au conseil ; et quant à Pitt, l'emploi subalterne dont il était pourvu ne l'empêchait pas de combattre avec passion les mesures proposées par le cabinet.
Le ministre avec lequel l'envoyé de Louis XV eut à traiter plus particulièrement, sir Thomas Robinson, était sans prestige dans le monde politique et sans autorité auprès de ses collègues. Nous empruntons aux Mémoires de Horace Walpole les portraits qu'il trace de cet homme d'État et de lord Holdernesse, auteur de nombreuses dépèches que nous aurons à citer dans le cours de ce récit. « Sir Thomas Robinson, élevé dans les cours allemandes (1), a de l'honneur la notion allemande, admire la politique germanique, et éprouve autant de peine à s'expliquer en anglais que s'il n'eût jamais parlé d'autre langue que l'allemand. Il serait resté obscur, si la nécessité pour le duc de Newcastle d'employer des hommes de capacité inférieure, même à la sienne, et l'ardeur qu'il met à la découverte de personnages de cet acabit, n'avaient pas attiré sur ce pauvre Robinson à la fois la notoriété et le ridicule... Le roi, avec un ministre pareil dans son cabinet, se croit transporté aux Champs-Elysées de Herrenhausen (2). »
Le collègue de Robinson aux Affaires Étrangères n'est guère mieux traité (3) : « Le 18 juin nous vîmes apparaître le dernier et le plus grand phénomène de la saison, lord Holdernesse, qu'on était allé chercher à son ambas-
(1) Horace Walpole : Memoirs ofihe reign of George II (I, 388).
(2) Résidence d'été du roi, près de la ville de Hanovre.
(3) Horace Walpole : Memoirs of the reign of George II (I, 198).
sade de Hollande pour en faire un secrétaire d'État. Pour dire vrai, il se rend justice à lui-même et à ses patrons, car il parait honteux d'être devenu si important , sans autre motif que celui d'avoir été jusqu'alors si insignifiant. La solennité de son ton donnerait un air de vérité à ses paroles, s'il savait leur conserver le moindre aspect de vraisemblance ; faute de quoi, ses discours ne font point de mal, car il est impossible d'y ajouter foi. La rage d'être régisseur d'opéras et de mascarades semble plutôt contraire à sa dignité qu'au-dessous de son intelligence , laquelle est si médiocre que tout récit de ses propres exploits eût obtenu plus de crédit que la nouvelle de son entrée au Ministère. » La mère de lord Holdernesse, lady Fitzwalter, était une parente éloignée de la famille royale ; « la reine et les princesses lui parlent toujours français, quoiqu'elle n'eût jamais quitté l'Angleterre, parce que ses ancêtres étaient d'origine allemande. »
Newcastle qui, avec les deux titulaires des Affaires Étrangères et lord Grenville , prit la principale part aux négociations, était au ministère depuis longtemps. Rompu aux intrigues de la cour et du Parlement, passé maître dans l'art de conduire les hommes en faisant appel à leurs intérêts , bien vu du roi plutôt par habitude que par estime , connaissant les passions de son souverain et prêt à les flatter, il ne sut jamais diriger les événements et encore moins les préparer; versatile au point de ne pouvoir prendre une décision, aussi infatigable au travail qu'incapable de suite dans les idées, il n'eut d'autre souci que de se maintenir aux affaires, d'autre plan politique que celui de se conformer aux indications de la majorité du jour. Pacifique luimême , Newcastle ne fit rien pour conserver la paix ; ennemi de la guerre en raison de la responsabilité qu'elle entraine pour le gouvernement qui la fait, il prit malgré lui, et pour la satisfaction du moment, les mesures qui devaient la rendre inévitable. Les déclarations au Parlement,